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Extrait de Poésie et Création

 Le combat pour l’expression est semblable à la lutte pour la vie. Il implique une nécessité fondamentale de l’homme. L’expression ne se manifeste pas seulement par la parole : elle peut être un geste, un acte, une absence. Mais elle est ce qui fait de l’homme ce qu’il est. Je me rappelle cette belle pensée d’Emerson, qui était aussi poète, disant que l’homme n’est que la moitié de lui-même : l’autre moitié est son expression Celle-ci n’est nullement gratuite, mais nécessaire. Peut-être est-ce pour cette raison qu’Antonio Porchia déclarait : Lorsque je dis ce que je dis, c’est parce que ce que je dis m’a vaincu. La poésie lutte pour l’expression menée à ses limites : à l’extrême de l’homme, du langage, de la réalité. Lutte qui confère à la parole la liberté de la parole. Cela n’est pas nouveau. À l’apogée du Romantisme, le prologue d’Hernani nous disait déjà : que la quête essentielle de la littérature était celle de la liberté. Que fait, en ce sens, la poésie moderne ? Elle renie, par exemple, le discursif. Elle renie le verbiage, le bavardage, la logorrhée. Elle affirme que tout ce qui peut être dit d’une autre manière, doit être dit d’une autre manière. La réflexion d’Eliot : ce qui peut être dit en prose doit être dit en prose, est importante. Eliot ajoute, faisant un pas de plus vers ce qui est en deçà de l’homme : Et ce que tu ne sais pas est la seule chose que tu saches, et ce que tu possèdes est la seule chose que tu ne possèdes pas, et là où tu es est là où tu n’es pas. C’est bien pourquoi la poésie moderne refuse l’anecdote, le conte et la fable, le moralisme élémentaire, le décor, le sentimentalisme, la politique. Le pouvoir ne l’intéresse pas. Elle cherche quelque chose de plus profond, de plus essentiel que le pouvoir. Aux origines de la poésie moderne, Baudelaire déclarait :Mon livre est essentiellement inutile. Je désire que cette dédicace de mon livre soit inintelligible, parce que ce que je cherche c’est de me précipiter au fond de l’abîme. Enfer ou ciel, qu’importe ? Il faut aller jusqu’au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau. En cette quête de la liberté de la parole, de la liberté de l’être, se produit une apparente déperdition de sens. C’est elle qui fit dire à Pierre Reverdy, dans « La fonction poétique » : La poésie apparaît, donc comme ce qui doit demeurer le seul point de hauteur d’où il (le poète) puisse encore, et pour la suprême consolation de ses misères, contempler un horizon plus clair, plus ouvert, qui lui permette de ne pas complètement désespérer. Jusqu’à nouvel ordre – jusqu’au nouveau et peut-être définitif désordre—c’est dans ce mot (poésie) qu’il faut aller chercher le sens que comportait autrefois celui de liberté. Si l’homme ne trouve pas au fond de sa soif intérieure, en une intime ressource de ses capacités profondes, le sentiment de la liberté, c’est qu’il l’a perdu à jamais.

source: http://www.jose-corti.fr/titresiberiques/poesie_creation.html




Par larouge • Juarroz Roberto • Samedi 04/06/2011 • 0 commentaires  • Lu 1041 fois • Version imprimable

Poesie et Création

 



 
Roberto Juarroz, Poésie et création,
(Roberto Juarroz dialogue avec Guillermo Boido)
Corti, Collection Ibériques, mai 2010


Peut-on définir la poésie ? Le poème comme organisme incomplet. La parole et le silence. Renoncements de la poésie moderne. Nécessité et intensité de la parole dans le poème. La poésie est reconnaissance de l’absurde et de l’anti-absurde. Le poème devant l’abîme de la condition humaine. La reconnaissance totale du réel. Poésie et philosophie. Disponibilité du poète. Poésie et expérience de la mort. La poésie comme forme périssable et comme présence. Poésie et art. Le poète et sa vision du monde. Poésie, connaissance et sagesse. Le bouddhisme Zen. La mystique. Possibilité d’une synthèse des possibilités humaines. Science et humanités. Nécessité d’un penser majeur. Poésie, reconnaissance et création de réalité. Poésie et métaphysique. Poésie et idéalisme. La poésie comme regard à partir des limites et le poète comme voyant. Heidegger. La fondation de l’être par la parole. Revers, antithèse et recherche d’une troisième dimension poétique. L’irrationnel et le plus que rationnel. La poésie devant l’éthique, l’esthétique et la gnoséologie. Toute poésie est une éthique profonde. La poésie est-elle une «consolation»? Une aventure nécessaire. 

C’est en 1987 que Jean-Pierre Sintive publia aux éditions Unes cette réflexion intemporelle qui fit beaucoup pour la découverte de Roberto Juarroz en France, et que nous reprenons aujourd’hui.



Par larouge • Juarroz Roberto • Samedi 04/06/2011 • 0 commentaires  • Lu 952 fois • Version imprimable

Roberto Juarroz






(Coronel Dorrego, province de Buenos Aires, 1925 — Buenos Aires, 1995). « Toute l’œuvre du poète argentin Roberto Juarroz est rassemblée sous le titre unique de Poesía vertical. Seul varie le numéro d’ordre, de recueil à recueil : Segunda, Tercera, Cuarta... Poesía Vertical. Nul titre non plus à aucun des poèmes qui composent chaque recueil. Cette insistance dans l’anonyme a un sens. La parole poétique prend ici naissance dans le sans-nom, le sans-visage et s’y attache obstinément. Elle interroge. C’est d’ordinaire le fait de la pensée. La poésie questionne peu. Selon son ordre, elle adhère. Elle veut faire, et jusqu’en son déni parfois, sa révolte, un séjour malgré tout du monde où nous sommes. Elle est d’essence horizontale. Elle requiert un horizon, même incertain, reculant, comme est tout horizon. Elle dit notre séjour. Celle de Juarroz, au contraire, semble là pour nous troubler, nous inquiéter, déranger nos certitudes ou nos prises. Elle est pur questionnement. Verticale.Mais elle reste poésie dans son questionnement. Juarroz n’est pas un penseur, toujours tenté de prolonger la question dans un système qui l’assure. Il interroge sans plus, sans horizon comme sans système. Aussi loin, au fond, de la “poésie” que de la “pensée”, dans une sorte de suspens et comme d’immédiateté verticale. Sa poésie nous met en cause, au sens le plus fort du terme, et le reste avec nous. À propos de tout, d’une pensée, de l’instant qui passe, du moindre événement, elle interroge le monde et nous-mêmes pris en lui, tissés de lui, dans l’illusoire sécurité. Elle en déploie les dimensions insolites. Elle le défait subtilement dans son image, dans son endroit rassurant pour nous, laissant pressentir son envers ou ce qui pourrait être son envers, ses abîmes. Elle nous défait alors nous-mêmes, nous dresse nous-mêmes, soudain verticaux, sans appui, dans le vertige... » (Roger Munier)Après avoir publié son premier recueil de Poesia vertical à compte d’auteur en 1958, il a dirigé la revue Poesia=Poesia (20 numéros de 1958 à 1965), tout en collaborant à de nombreux journaux, revues et périodiques en tant que critique littéraire et cinématographique.

Par larouge • Juarroz Roberto • Mardi 30/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 568 fois • Version imprimable

Extrait de Roberto Juarroz, La Poésie comme élévation par André Velte

Extrait de Roberto Juarroz, La Poésie comme élévation par André Velter, Le Monde, 4 avril 1995.Le poète argentin, Roberto Juarroz est mort à Buenos Aires à l’âge de soixante-neuf ans. Quand il donnait lecture publique de ses poèmes – ce qui arrivait de plus en plus souvent ces dernières années – Roberto Juarroz ne se privait pas d’entourer sa parole de gestes éloquents, non pour marquer le tempo des mots, mais pour littéralement souligner le sens de tel ou tel vers. Il affirmait ainsi spontanément, la main s’alliant à l’esprit avec parfois quelque ironie, combien l’effort d’élucidation était au cœur de sa poésie jusqu’à en constituer le mouvement même.D’emblée, Juarroz avait engagé son œuvre dans ce qu’il faut bien nommer un chemin d’éveil. Son pari initial n’étant nullement le fruit d’un raisonnement, mais l’expression d’un élan irrépressible, l’intuition aussi d’un questionnement qui trouverait toujours en sa propre puissance de dévoilement le sursaut de sa renaissance. Le titre unique, qui dès 1958 engageait tous les livres à venir, avait valeur d’injonction : Poésie verticale.Trente-sept années durant, Juarroz a gardé le cap sans jamais dévier de la trajectoire qu’il s’était assigné. Pour lui, la relation décisive, à la fois problématique et féconde, confrontait l’espace de la poésie et l’esprit de la réalité. "La poésie, affirmait-il, est une tentative risquée et visionnaire d’accéder à un espace qui a toujours préoccupé et angoissé l’homme : l’espace de l’impossible qui parfois semble aussi l’espace de l’indicible ". C’est cet " impossible ", c’est cet " indicible " qui ont orienté la quête de Roberto Juarroz, celle-ci étant vécue comme une pérégrination de son propre destin à travers le langage.Poème après poème, recueil après recueil (les volumes successifs se distinguant par leur seul numéro), le défi prenait forme et contrait la malédiction commune. " L’homme a été obstinément trompé et divisé, constatait-il. Sa capacité d’imaginer, son pouvoir de vision, sa force de contemplation ont été relégués dans la marge du décoratif et de l’inutile. La poésie et la philosophie se sont séparées à certaines moments catastrophiques de l’histoire de la pensée. Le destin du poète moderne est de réunir la pensée, le sentiment, l’imagination, l’amour, la création. Et cela comme forme de vie et comme voie d’accès au poème, qui doit façonner cette unité. "À l’évidence, la poésie se trouve ici dotée d’une vertu d’assomption, mais cette élévation, voire cet arrachement, n’a pas le ciel pour but, plutôt la réalité cachée, le supplément de réalité que le poème ajoute au réel. Ou, pour citer Octavio Paz, le supplément d’"instants absolus ". Car la voix de Juarroz est porteuse d’une plénitude fragile. On dirait qu’il a fait de la pensée la musique de ses poèmes et ques ses questions découvrent des harmonies secrètes, des dissonances recluses et d’infinis silences.Seule la musiquepeut occuper le lieu de la penséeOu son non-lieuson propre espace,son vide plein.La pensée est une autre musique.Vouées à l’abrupt, issues du vertige et y retournant comme s’il s’agissait d’une source intense et lucide, les improvisations rigoureusement maîtrisées de Juarroz ont fonction d’effraction : elles dérangent, déroutent, détonnent. Surtout, elles ne se satisfont ni de lueurs ni d’éclats, c’est la lumière dans son entier qu’elles entendent rejoindre. Car l’obscurité n’est pas fatale, car l’énigme est à pénétrer, car la poésie est un mystère qui doit être éveillé.Entre effroi et révélation, Roberto Juarroz s’est doté d’un destin exemplaire, jusqu’à entrer dans la fraternité de l’inconnu.
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Par larouge • Juarroz Roberto • Mardi 30/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 565 fois • Version imprimable

Entretien avec Roberto Juarroz

Entretien de Jacques Munier avec Roberto Juarroz pour Les Lettres Françaises, avril 1993.
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Par larouge • Juarroz Roberto • Mardi 30/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 661 fois • Version imprimable

Fragments verticaux

Fragments verticaux
de Roberto Juarroz (Auteur), Silvia Baron Supervielle (Traduction)










 
Broché: 173 pages
Editeur : José Corti (4 septembre 2002)
Collection : En lisant, en écrivant

"Très tôt dans ma vie, déclarait Roberto Juarroz aux Lettres Françaises, en avril 1993, j’ai eu le sentiment qu’il y avait en l’homme une tendance inévitable vers la chute. L’homme doit tomber. Et l’on doit accepter cette idée presque insupportable, l’idée de l’échec, dans un monde voué au culte du succès. Mais symétrique à la chute, il y a dans l’homme un élan vers le haut. La pensée, le langage, l’amour, toute création participent de cet élan. Il y a donc un double mouvement de chute et d’élévation dans l’homme, une sorte de loi de gravité paradoxale. Entre ces deux dimensions, il y a une dimension verticale. La poésie qui m’intéresse possède l’audace et la nudité suffisantes pour atteindre ce lieu où se produit le double mouvement vertical de chute et d’élévation. Parfois on oublie l’une des deux dimensions. Mes poèmes tentent de rendre compte de cette contradiction vitale."Gaston Bachelard a écrit que le temps de la poésie est un temps vertical. Il faisait allusion à ces moments où le temps s’attarde ou prend un autre rythme, et perd l’aspect linéaire de la durée pour "retrouver l’éternité", comme disait Rimbaud, dans un instant "vertical". Ce sont ces "moments" et ces "fragments" exceptionnels de la réalité, offerts à ceux qui sont les prisonniers du temps, ces "brefs laps d’illumination" que Juarroz tente ici de "mettre en sûreté" pour éviter, une fois encore, qu’ils ne s’échappent." Ainsi, dans ces Fragments verticaux comme dans sa Poésie verticale, Juarroz entend "ne pas céder au discours et retenir seulement les noyaux essentiels de la pensée et de la poésie en renonçant à la tentation du développement".
 

Par larouge • Juarroz Roberto • Mardi 30/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 490 fois • Version imprimable

à propos de la poésie de Roberto Juarroz

Persuadé que la poésie n'a que faire du discours et doit s'en tenir à ce qu'il nomme les “noyaux essentiels”, Juarroz ne cède à la prose que par notations brèves, éclats de pensée ou, selon son intitulé , “fragments verticaux”. Ce sont des aphorismes ou de courtes digressions à lire dans la résonance des poèmes. Il y a de soudaines surprises et des intuitions qui savent accueillir l'ironie.André Velter, Le Monde, 27 mai 1994.Tous [ces fragments] ont en commun de donner à penser, et d'éclairer la poésie de Juarroz dont ils sont le prolongement direct ou la condition préalable. Et du fait que cette poésie se veut, sinon philosophique, dumoins connaissance, qu'elle s'interroge sur son essence, qu'elle ne dédaigne pas de minuscules fables pour mieux percer l'étrangeté du réel, des couloirs s'établissent entre les trois zones précitées, par où se répand une même lumière un peu oblique, hautaine parfois, saisissante souvent, qui projette en ces trois lieux textuels des dessins homologues.Jacques Fressard, La Quinzaine littéraire, 1/15 mars 1999.
Par larouge • Juarroz Roberto • Mardi 30/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 560 fois • Version imprimable

Quinzième poésie verticale

Quinzième poésie verticale : Edition bilingue
de Roberto Juarroz (Auteur), Jacques Ancet (Traduction)







 
Broché: 89 pages
Editeur : José Corti (5 septembre 2002)
Collection : Ibériques

« Toute l’œuvre de Roberto Juarroz porte le même titre : Poésie Verticale, chaque tome étant simplement numéroté pour être distingué des autres. Titre unique suggérant abruptement la verticalité de la transcendance “bien entendu incodifiable”, précise-t-il dans un entretien. Aussi était-il un des rares poètes contemporains à défendre haut et fort une métapoésie par où passe l’infini “bien entendu sans nom”, une vision poétique proche de Novalis pour qui “la poésie est l’absolu réel”, mais témoignant aujourd’hui d’un nouveau sens du sacré “bien entendu sans théologie”. Pour Roberto Juarroz, il n’y a pas de haute poésie sans “méditation transcendentale du langage”. La poésie, disait-il, est la vie non fossilisée ou défossilisée du langage. » (Michel Camus)Ce recueil posthume comprend une trentaine de poèmes.

Par larouge • Juarroz Roberto • Mardi 30/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 571 fois • Version imprimable

Quatorzième poésie verticale

Quatorzième poésie verticale
Roberto Juarroz







 
Éditeur : José Corti
Genre : POESIE
Présentation : Broché

Les poèmes qui composent la Quatorzième poésie verticale accompagnèrent les trois ou quatre dernières années de la vie de Roberto Juarroz. Le ton de l'ensemble est légèrement différent, car certains des poèmes ultimes reflètent une approche majeure de l'élément humain de la souffrance. Ces poèmes furent ceux qui exigèrent de lui l'effort le plus grand pour atteindre l'équilibre nécessaire entre la parole personnelle et la construction esthétique entre l'intuition de montrer et l'intuition de retirer : L'abîme n'admet pas l'ordre, le désordre non plus. Et nous savons que tout est un abîme. Pourtant, le jeu de la feuille et du vent s'achève toujours à l'endroit le plus exact. Et aucune feuille ne souille le lieu où elle tombe. Il se peut qu'une feuille ordonne ou peut-être désordonné une autre face de l'univers.

Avec Juarroz, la poésie est dotée d'un pouvoir d'assomption, mais cette élévation (ou cet arrachement) n'a pas le ciel pour but, plutôt la rélité cachée, le supplément de réalité que le poème ajoute au réel. Chacun de ses textes est une fenêtre ouverte sur un monde inconnu, monde à l'écart de l'illusoire ici-bas autant que de l'incertain autre monde. Le secret de Juarroz est simple : il exige d'être présent au présent. L'écriture de Juarroz est simple.Elle est le chat d'une pensée en perpétuel mouvement, en perpétuel dépassement, et elle investit chacun de ses mots d'une force d'éveil.André Velter, Le Monde, 27 mai 1994.

Treizième poésie verticale

Treizième poésie verticale
de Roberto Juarroz (Auteur)





 
Broché: 231 pages
Editeur : Jose Corti;
Édition : Edition bilingue (6 janvier 1993)
Collection : Ibériques

Toute l'œuvre du poète argentin Roberto Juarroz (1925-1995) est rassemblée sous le titre unique Poesia vertical. Seul varie le numéro d'ordre, de recueil à recueil : Segunda, Tercera, Cuarta...aujourd'hui Treizième Poésie Verticale. Nul titre non plus à aucun des poèmes qui composent chaque recueil. Cette insistance dans l'anonyme a un sens. La parole poétique prend ici naissance dans le sans-nom, sans-visage et s'y attache obstinément.Elle interroge. C'est d'ordinaire le fait de la pensée. La poésie questionne peu. Selon son ordre, elle adhère. Elle veut faire, et jusqu'en son déni parfois, sa révolte, un séjour malgré tout du monde où nous sommes. Elle est d'essence horizontale. Elle requiert un horizon, même incertain, reculant, comme est tout horizon. Elle dit notre séjour. Celle de Juarroz, au contraire, semble là pour nous troubler, nous inquiéter, déranger nos certitudes ou nos prises. Elle est pur questionnement. Verticale. Mais elle reste poésie dans son questionnement. Juarroz n'est pas un penseur, toujours tenté de prolonger la question dans un système qui l'assure. Il interroge sans plus, sans horizon comme sans système. Aussi loin, au fond, de la “poésie” que de la “pensée”, dans une sorte de suspens et comme d'immédiateté verticale.Sa poésie nous met en cause, au sens le plus fort du terme, et le reste avec nous. À propos de tout, d'une pensée, de l'instant qui passe, du moindre événement, elle interroge le monde et nous-mêmes pris en lui, tissés en lui, dans l'illusoire sécurité. Elle en déploie les dimensions insolites. Elle le défait subtilement dans son image, dans son endroit rassurant pour nous, laissant pressentir son envers ou ce qui pourrait être les envers, ses abîmes. Elle nous défait alors nous-mêmes, nous dresse nous-même, soudain verticaux, sans appui, dans le vertige...Roger Munier
 

à propos de "Treizième Poesie verticale"

Un texte de Gérard Bocholier dans Le Nouveau Recueil, mars-mai 2003 La clé de la poésie de Roberto Juarroz se tient peut-être dans le seizième de ces vingt-six textes qui forment le volume posthume de Quinzième poésie verticale :Comment tamiser la distanceentre nous et l'absencepour trouver à la fin notre présence ?Roberto Juarroz n'aura cessé, dans cette œuvre unique, verticalement dressée au sommet de la solitude, d'essayer d'explorer cette distance, de la réduire sans jamais pouvoir la faire disparaître, distance entre les contraires, «la non pensée qui pense », « la pensée qui ne pense pas ». Il aura donné l'exemple de l'imagination la plus fulgurante alliée à la lucidité la plus vive, exemple très rare d'une poésie qui élève, à chaque page, selon la magnifique expression de Fragments verticaux « une espèce de musique du sens ».« Tout est médiation car ce qui est direct détruit ». Le poète est le médiateur par excellence. Il est celui qui joue des formes et des verbes comme d'un miroir qu'il oriente chaque fois différemment. Chaque reflet donne à voir une part de vérité, ou plutôt nous fait sentir combien la vie dépasse et défie n'importe quelle définition. « La furtive ambiguïté de la vie nous apparaît ainsi dans une œuvre qui n'a de monotone que l'apparence. Véritable poésie ininterrompue et infiniment diverse, elle touche chaque conscience par l'affirmation même de ses négations, comme si l'inquiétude qu'elle soulève était subtilement compensée par la certitude que « tout communique avec quelque chose ».Roberto Juarroz sait aussi que l'expression de ce lien essentiel qui unit toutes les choses et tous les êtres permet de fonder une authentique « sacralisation ». En un monde où « nous avons perdu les marées du silence [. .. I / la teinte de la pensée du silence / et même la pensée silence », son œuvre nous appelle au sacré parce qu'elle a su capter elle-même les appels de ce sacré en toute chose.À ce propos, il conviendrait de relire les passionnantes déclarations de son essai Poésie et réalité (Lettres vives, 1987) : « Il est urgent et indispensable de resacraliser le monde et de restituer à lvie sa transcendance originelle. Mais cette resacralisation, pour certains, ne peut plus s'effectuer que sur un mode laïc, sans dogmes, sans théologies niEglises. La poésie est la véritable resacralisation laïque du monde. »On sera tenté de voir dans cette Quinzième poésie verticale une sorte de testament, ou tout du moins de résumé d'une pensée et d'une poésie qui ont toujours cheminé ensemble, en osant prendre tous les risques face au mystère, avec pour seul instrument « la subtilité combinatoire » des transparences et des mots.

Poésie verticale

Poésie verticale
de Roberto Juarroz (Auteur), Roger Munier (Traduction








 
Broché: 63 pages
Editeur : Editions Unes (janvier 1991)

Ce volume rassemble un choix de poèmes tirés des recueils I à X de Poésie verticale, l'œuvre unique de Roberto Juarroz.C'est une poésie qui dérange nos certitudes et trouble par ses interrogations répétées. Une poésie dont Julio Cortazar a écrit: "Il y a longtemps que je n'avais pas lu de poèmes qui m'exténuent et m'exaltent comme ceux-ci ", et Philippe Jaccottet: " Dès les premiers vers, on entend une voix autre, décidée, tranchante et rigoureuse.


Tandis que tu fais une chose ou l'autre,
quelqu'un est en train de mourir.


Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique.


Et même si tu pouvais ne rien faire,
quelqu'un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.


Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu'un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.


C'est pourquoi si l'on t'interroge sur le monde,
réponds simplement : quelqu'un est en train de
mourir. (I, 37)

source voir ici



Fidélité à l'éclair

Fidélité à l'éclair
de Roberto Juarroz (Auteur)





 

Broché: 73 pages
Editeur : Lettres vives (27 novembre 2001)
Collection : Terre de poésie

Dans ses entretiens intitulés Fidélité à l'éclair, Roberto Juarroz révèle le sens de la verticalité dans son oeuvre poétique. Il éclaire l'expérience de la poésie qui, en dernière instance, est aussi l'expérience de la vie. Etant le fruit d'une illumination intérieure, chaque poème a quelque chose d'un éclair. Les réflexions de Roberto Juarroz sur l'origine de la poésie, sur l'énigme de la création et sur la magie opérative du silence s'intensifient dans le témoignage de sa rencontre avec Antonio Porchia, l'immense auteur de Voix.
Chaque poème a quelque chose de l'éclair.Je ne dirais pas que le poème " est " un éclair, mais qu'il y a en lui un éclair. Tel est le point de départ, il implique une exigence, mais il est très difficile d'être fidèle à un éclair, de faire en sorte que le poème s'organise, croisse comme un organisme autour de cet éclair, cette petite illumination initiale. Très difficile qu'ensuite ne vienne pas s'y ajouter tout ce qui relève du caprice, de la virtuosité de celui qui connaît le langage.Non : il faut que les choses naissent comme naît un organisme, comme elles naissent dans un organisme ; que chaque cellule en laisse passer une autre, que chaque mot, chaque silence soient à l'origine d'un autre mot, d'un autre silence, qu'ils engendrent ce cycle, cette unité qu'est aussi un poème. R. J.

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