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Javier Argüello

Javier Argüello, est né de de parents argentins, au Chili, en 1972. Il réside en Espagne. Sept histoires impossibles, son premier livre a été très chaleureusement accueilli par la presse espagnole ; de nombreux critiques voient en lui un des futurs grands noms de la littérature hispanophone.


Par larouge • Argüello Javier • Vendredi 12/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 743 fois • Version imprimable

Sept histoires impossibles

Sept histoires impossibles
de Javier Argüello (Auteur), Marianne Millon (Traduction)

Broché: 190 pages
Editeur : Editions Anne Carrière (25 août 2004)
Collection : La Vagabonde

Javier Argüello réunit dans ce recueil sept histoires fantastiques dans la tradition de Poe, Maupassant et Borges, sept récits inquiétants, poétiques, tissés dans ” cette étoffe dont sont faits les rêves “. Dans la première, un écrivain se venge de ses frustrations sur le personnage principal de son nouveau roman, mais la frontière entre la réalité et la fiction se trouble bientôt et il devient de plus en plus difficile de savoir qui est l’auteur et qui est le personnage. Dans une autre, un professeur d’astronomie commande la construction d’une maison dont le plan absurde préfigure une catastrophe planétaire. Rencontre avec le démon, prises de courant bavardes, luttes estudiantines contre la dictature… Avec finesse, émotion et une habileté tout à fait diabolique, Javier Argüello nous conduit dans ce territoire de l’entre-deux, un monde où le temps et l’espace perdent souvent leur logique pour dévoiler un peu de leur sens.
 


Dialogue poétique avec le monde
LE MONDE DES LIVRES | 19.08.04 | 15h37
SEPT HISTOIRES IMPOSSIBLES (Siete cuentos imposibles) de Javier Argüello. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Marianne Millon éd. Anne Carrière, 192 p., 17 €. En librairie le 27 août.
Javier Argüello doute de la gravité des choses, avec raison. Un tel soupçon inspire à ce jeune écrivain d'origine argentine, né au Chili et aujourd'hui résident espagnol, la plupart des nouvelles de ce recueil, brillantes variations sur le fantastique et la littérature. La plus attachante - c'est le cas de le dire - s'intitule justement "Gravité" : Argüello y suppose l'annulation de l'attraction terrestre. Mauvaise nouvelle : ainsi chamboulée, la planète ne compte plus qu'un seul rescapé, Abel. Heureuse conséquence : pour cet unique survivant, les couchers de soleil sont autrement spectaculaires. Suspendu, la tête à l'envers, à un simple filin, Abel, frôlant les étoiles, voit avec ravissement se lever la Lune, "qui éclaire la Terre entièrement vide" et "distingue la silhouette de quelques saules dont les branches pleurent vers le haut".
Telles sont les trajectoires des différents héros qui parcourent ces sept nouvelles, légers rêveurs, arpenteurs de trains fantômes ou écrivains épris d'une ombre, qui causent avec des prises de courant bavardes quand ils ne rencontrent pas d'étranges voyageurs du temps. Etablir une communication poétique avec le monde semble être leur principal souci, au sein du léger décalage qui accompagne l'apparition et la disparition fantastiques des choses : "J'eus alors l'impression que le monde entier était une invention", médite l'un des personnages, perdu aux frontières de l'Ukraine : "Le monde comme unité, comme unité unifiée qui avance à une allure et dans une direction définies, m'apparut soudain comme la plus naïve des fantaisies (...) Et, au cours de cette longue nuit, qui commençait à se dévoiler comme le caprice d'un démon, j'eus la sensation indicible de me trouver au point exact vers lequel confluaient toutes les lignes qui constituent l'univers." Les meilleurs moments de ce recueil inégal mais prometteur remplissent ainsi une tâche délicate : rendre le monde inexplicable.
Fabienne Dumontet

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.08.04
© le monde



(...) Ces sept contes entraînent dans un univers familier et pourtant étrange, où réalité et fiction se fondent, tenant en haleine jusqu’au dénouement.
 
Inutile de résumer les sept nouvelles du recueil : il faut y pénétrer, se laisser emporter et accepter d’être pris au piège dans la toile tissée par l’auteur. Mais juste pour en donner l’ambiance, on fera exception avec la première, et la meilleure.
 
Nouvelle « La Revoir »
 
Le texte commence avec un écrivain, Ramiro : voilà deux ans qu’il n’a rien publié, depuis son premier succès littéraire qui l’a comme stérilisé et enfermé dans un code ; deux ans sans nouvelle femme dans sa vie. Alors, comme un défi, il s’impose un exercice de création : il invente un personnage, Joaquin. Celui-ci part en Russie pour un cycle de conférences et rencontre la jeune et énigmatique Sasha dont il tombe amoureux.
 
C’est la première « mise en abyme », le premier  récit dans le récit, l’auteur proposant une histoire à l’intérieur de laquelle un deuxième auteur, Ramiro, écrit son propre roman. Ramiro, qu’on croyait personnage principal, passe au second plan cédant la place à Joaquin, son personnage. Ces deux héros se ressemblent : mêmes préoccupations sur la littérature, même impuissance vis-à-vis des femmes.
 
Là où les choses se compliquent, c’est que Joaquin a le même métier que son créateur : écrivain. Et lui aussi veut nous raconter son histoire : un roman qui traiterait de la création esthétique et des rapports qu’elle entretient avec la passion amoureuse… Et voilà la seconde « mise en abyme », la deuxième histoire dans l’histoire !
 
Cet enchevêtrement de récits devient vraiment ambigu quand au coin de sa rue Ramiro heurte une jeune femme mystérieuse, étrangère semble-t-il, et qu’il pense pourtant avoir déjà rencontrée… Ne serait-elle pas cette jeune femme russe qu’il créa dans son roman ? S’ensuit un univers labyrinthique, où la frontière entre réalité et fiction disparaît, au point que le lecteur ne sait plus quel livre il est en train de lire. Celui qu’il a entre les mains ? Celui de Ramiro ? Celui de Joaquin ? Ces trois histoires n’en forment qu’une au final, et l’auteur n’est peut-être pas celui que l’on croit…
 
Une Recherche Narrative
 
Les contes de Javier Argüello captivent, car ils renvoient à une recherche sur la narration et ses ambiguïtés. L’auteur joue avec ses lecteurs pour les entraîner dans un réseau de narrations entrelacées. C’est le cas dans Zeezir où un narrateur, dont on ne saura rien, rapporte la lettre d’un homme se prétendant père d’un auteur fictif, le fameux Zeezir, dont il aurait lui-même écrit toute l’œuvre. C’est encore vrai dans Récit sur le temps, une vieille histoire, et l’étrange façon dont les choses arrivent, un titre à tiroirs qui reflète bien le recueil : là aussi un homme lit un livre, donne la parole à un deuxième auteur, etc.
 
On ne sait plus quelle histoire on lit, un peu comme dans Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino : on commence sans cesse un nouveau livre avant d’avoir terminé le premier. Il faut découvrir ces récits enchâssés, ces narrateurs qui perdent le sens de leur propre réalité et qui sont finalement autant de doubles de l’auteur : « les personnages que nous inventons ne sont que ce que nous sommes - ce que nous sommes, ou serons, ou aurions pu être (p.178) ». En refermant ce recueil, on a l’impression d’avoir lu plusieurs romans, d’avoir rencontré une foule de personnages. Malheureusement, l’auteur pèche aussi par l’excès : la répétition du même procédé, même renouvelé, peut lasser le lecteur, sans parler de certains dénouements à rebondissements successifs.
 
Fait notable : à chaque nouvelle, le véritable narrateur est sans visage, comme dans Ils marchent, où un être mystérieux raconte son histoire, caché et invisible dans une prise de courant. Dans Zeezir, le narrateur n’est présent qu’à travers une lettre. Le seul visage qu’on voie est celui d’un certain Max Beerbohm ( photo en page 182 ). Et là, le piège : a-t-il vraiment existé ? Ces personnages qui en début de texte paraissent sensés et dignes de confiance, deviennent rapidement asociaux ou obsessionnels, acteurs ou spectateurs des chimères auxquelles ils croient. En cela, ce sont bien des personnages fantastiques.
 
Des Nouvelles Fantastiques
 
Le titre même du recueil renvoie au genre fantastique, qui pour Zvetan Todorov, se caractérise par « l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel » ( Introduction à la littérature fantastique, 1970, p.29 ). Issu du mouvement romantique, ce genre né au XIXe siècle en Allemagne connut un engouement dans toute l’Europe, avant d’être délaissé par la littérature et ensuite adopté par le cinéma.
 
Javier Argüello en est un héritier : ses nouvelles figurent des personnages ‘normaux’ dans un univers familier au départ. Puis, peu à peu, celui-ci se déforme à en devenir méconnaissable : les personnages sont seuls témoins de phénomènes étranges, quand ils sont seuls et affaiblis. Dans Ils marchent, le personnage à moitié endormi sur son canapé assiste à un événement surnaturel à la télévision ; un autre, qui a perdu la pile de son appareil auditif, se met à entendre une voix qui sort d’une prise de courant ! Hallucinations ? Les personnages, eux, après hésiter, adhèrent totalement au phénomène, mais le lecteur n’aura aucune réponse définitive. A l’instar des marionnettes manipulées par Argüello, peut-être fait-il lui aussi partie de la fiction.
 
Réflexion sur la Création Littéraire
 
Ces nouvelles interrogent sur la création littéraire et renvoient enfin à cette question simple mais fondamentale : qu’est-ce qu’un bon livre ?
 
Le XXe siècle a voulu faire de la littérature une science, un champ d’expérimentation. Après les chocs successifs du surréalisme, du structuralisme ( parlons-nous toujours de littérature ? ) et du nouveau roman, où en est aujourd’hui l’invention ?  Comme chacun désormais semble s’improviser écrivain, Argüello pose la question dès la première page : qu’est-ce qu’un bon roman ? Une bonne histoire habitée de personnages campés de façon précise ? Un style original ? Un langage réinventé ? Une structure novatrice ?
 
Il répond : dans La revoir, l’écrivain est paralysé depuis son premier succès : il disperse ses « efforts dans la recherche d’une structure originale, au lieu de se concentrer sur la trame et les personnages (p.11) ». La question revient dans Ils marchent où un orateur doit raconter une histoire passionnante à un public exigeant. Dans Anastasia enfin, un nouvel auteur est mis en scène, autre double d’Argüello, qui affirme qu’il ne pourra jamais terminer son œuvre.
 
Soit autant d’interrogations et angoisses qui assaillent celui qui cherche à écrire : la littérature est-elle utile dans notre société ? Vaut-il mieux être publié ou garder l’anonymat ? Quels sont les liens entre passion et création ? La littérature est-elle une plongée dans le rêve, le mensonge même, n’est-elle pas une tentative de fuite ? N’est-elle qu’un leurre ? L’écriture d’Argüello crée pour ses héros un monde parallèle, qui semble parfois plus réel que la vie. C’est pourquoi il en appelle au lecteur attentif, seul capable de « trouver les clés de l’analyse […] de l’expérience esthétique (p.12) »…
© 2004 - LBES
http://artslivres.com/

 


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