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Entretien avec Rodrigo Fresan

Par larouge • Frésan Rodrigo • Mercredi 12/10/2011 • 0 commentaires  • Lu 1199 fois • Version imprimable

Entretien avec Rodrigo Fresán (28 mai 2011)
Par Fernanda Vilar

Lors des Assises Internationales du Roman, qui ont eu lieu à Lyon du 23 au 29 mai 2011, j'ai eu l'occasion de rencontrer Rodrigo Fresán, écrivain argentin célébré par la critique depuis son premier livre, Historia Argentina, publié en 1991 et traduit en français sous le titre L'homme du bord extérieur. On peut regretter ce changement de titre, car le titre perd son caractère ironique, ironie dont son pays est la cible. L'auteur fait une allusion humoristique à ce propos dans son dernier roman, Le fond du ciel : « Cher Isaac, les français changent tous les noms. (Cher Isaac, los franceses le cambian el nombre a todo)».

Fresán a participé également de la table-ronde dont le sujet était « la catastrophe ». Il a lu un texte, « Effets spéciaux, affects spéciaux » et nous a parlé de la fonction littéraire de la catastrophe, présente dans la littérature comme déclencheur d'un discours narratif et comme effet fictionnel, depuis l'Odyssée ou la Bible.

Rodrigo Fresán est né à Buenos Aires en 1963. Son enfance a été marquée par les livres qu'il lisait, toujours enfermé dans sa maison ou dans celle de sa grand-mère. En cela, sa ville natale pourrait s'apparenter parfaitement à Canciones Tristes, ou Sad Songs, ou pourquoi pas Chansons Tristes, une ville d'où viennent la plupart de ses personnages ou vers laquelle ils se dirigent. Cette ville est introuvable sur un plan, puisqu'elle n'est pas soumise à un espace tangible : elle peut être déplacée dans ce que l'on pourrait appeler les mondes imaginaires, construits à partir d'une bibliothèque. Fresán n'aime pas les étiquettes et c'est pour cela qu'il vaut mieux ne pas le définir en tant qu'écrivain argentin : il a déjà affirmé qu'il ne croit pas aux littératures nationales. Il serait plutôt l'écrivain de sa bibliothèque, construit et formé par elle.

Depuis 1984 il travaille comme journaliste et il vit depuis 10 ans à Barcelone. Son activité de journaliste n'est pas très conventionnelle, parce que tout ce qu'il écrit a un fond littéraire, bien que passer d'un mode d'écriture à l'autre soit aussi difficile que de changer de combinaison spatiale, comme il l'explique.

Dans la première partie de l'entretien nous avons abordé certaines caractéristiques de son œuvre, telles que les références qui y abondent, ou le rôle de l'enfance ou de la mort dans son écriture. Dans une deuxième partie il nous a parlé de ses auteurs-phares et de ses scènes préférées de la littérature, nous offrant un peu de son monde de lecteur.

Historia Argentina, qui à un moment donné est définie comme L'hystérie Argentine travaille l'histoire d'une façon particulière, selon ses possibilités, comme on le fait dans une uchronie. La première narration décrit l'arrivée en Argentine de deux explorateurs espagnols stupides, d'autres parlent de la guerre contre l'Angleterre pour le territoire des îles Malouines. C'est-à-dire que chaque histoire fait une distorsion de l'histoire réelle sans qu'elle perde sa crédibilité. Que changeriez-vous dans l'histoire récente des dix dernières années? Pourriez-vous reconstruire le monde et nous donner une autre vision des faits?

Je ne sais pas si je changerais quelque chose, parce que cela me semble une affaire d'une grande responsabilité. Dans tous les cas, l'auteur est constamment en train de jouer avec l'Histoire et avec des histoires dans son travail. Être écrivain, c'est supposer que vous ne pouvez pas changer l'Histoire, mais vous pouvez rajouter ou enlever une scène, la raconter de façon différente (plus humble ou plus noble que la réalité) et ainsi la façonner de la manière qui vous plaît.

Comme vous l'avez indiqué dans vos interviews, les Argentins aiment faire des références, et vous êtes un exemple extrême de ce type d'auteur. Par exemple, dans le roman Esperanto la scène où le personnage Esperanto rencontre un journaliste qui ressemble à Ringo Star m'a fait rire, parce que si nous regardons vos photos, on ne peut penser qu'à vous. Ou encore, quand vous mentionnez Dylan en utilisant son vrai nom... Est-ce que vous utilisez ces références pour que les lecteurs qui les reconnaissent mettent un sourire à leurs lèvres et aient véritablement la sensation de partager votre univers? Ou est-ce une façon de dire que nous partageons simplement ce monde et que nous ne pouvons pas échapper à la mondialisation?

Je pense qu'il y a un peu de vrai dans toutes les options que vous envisagez. Borges, le grand écrivain argentin, totémique, est bien sûr truffé de références. Je dis toujours que l'une des choses les plus spécifiques qui m'ait influencé, en tant qu'écrivain, n'est pas strictement littéraire. C'est une scène dont je me souviens avec beaucoup de tendresse, quelque chose de très intrigant et qui m'a beaucoup surpris. Je me souviens à la perfection de ce jour : j'étais enfant, j'avais 5 ans, et mon père est arrivé à la maison avec la pochette de Sgt. Peppers Lonely Hearts Club Band, où l'on voit tant de personnages. Je me souviens de mon envie de savoir qui ils étaient et pourquoi ils étaient là. Mes livres répondent plus ou moins à ce que vous suggérez. J'essaie de donner une idée plus ou moins complète du monde. C'est comme flirter aussi, j'aime provoquer une certaine reconnaissance chez le lecteur et en même temps respecter la première grande intrigue de mon enfance, c'est-à-dire « pourquoi sont-ils ici ? » Je veux que mes livres ressemblent à la couverture de cet album.

Dans le texte La vocation littéraire, qui se trouve dans Historia Argentina, il y a un enfant qui est kidnappé parce que ses parents ne sont pas à la maison. Vous avez subi la même expérience dans votre enfance. J'ai le sentiment que la réalité et la fiction se confondent. Dans Les Jardins de Kensington il y a une réflexion passionnée sur l'enfance. Vous avez également déclaré dans une interview que la chose la plus importante qui puisse arriver dans notre vie se produit avant l'âge de 12 ans. Votre questionnement provient de cette période? Avez-vous l'intention de jouer avec l'ambiguïté pour tromper le lecteur?

Tous les airs ou tous les motifs musicaux de toute une vie sont exécutés pendant l'enfance, ensuite ce ne sont que des variations. Peut-être que la seule chose qui reste à découvrir, à moins d'être très précoce, est le sujet de la sexualité. Mais je pense que oui, que l'enfance est le stock déductif de presque toute La vocation littéraire qui est l'histoire la plus strictement autobiographique que j'ai écrite. C'est un peu étrange, parce que quand j'ai écrit ce texte, je devais me rappeler ce qui s'était passé et, à force de coucher tout cela sur le papier, au bout d'un moment et au fil des années, la version officielle est plus l'histoire que j'ai écrite que la réalité, dont je me souviens très peu. Donc, maintenant, je ne pourrais plus faire la distinction entre la fiction et la réalité. L'histoire a été dévorée par la réalité, la fiction a mangé la non-fiction. Mais fondamentalement, ce que j'ai écrit est vrai.

Vous jouez avec les icônes de la mondialisation pour offrir, selon vos propres termes, un irréalisme logique. Je me demande si ce n'est pas également un réalisme hallucinogène?

Sûrement. L'irréalisme logique est une étiquette que j'ai inventée moi-même, parce que j'étais un peu fatigué de répondre aux questions sur le réalisme magique du boom de la littérature latino-américaine, surtout à l'étranger. Chaque fois c'était un peu une réponse au spectre du réalisme magique. Depuis on a ajouté à tout cela un nouveau fantôme, qui est celui de Roberto Bolaño, comme une référence. C'était comme si tout le temps j'essayais de me défendre, même si je n'ai aucun problème avec le réalisme magique, et d'ailleurs j'ai été très ami avec Roberto aussi. Mais il y a une sorte de travail constant de l'écrivain qui se doit de prendre position. Je suis très ennemi des étiquettes, je n'aime pas les groupes ou les générations. Je pense que lorsqu'on commence à écrire, au-delà de tous les motifs littéraires sophistiqués que l'on peut avoir, en réalité ce qu'on cherche c'est se retrouver seul, lire et écrire seul.

Dans votre livre, Les Jardins de Kensington il y a les phrases suivantes:
"Se necesitan muertos para fabricar fantasmas. (on a besoin des morts pour fabriquer des fantômes)"
[...]
"Barrie siempre lo ha sabido, desde el principio, desde la muerte de su hermano David: hasta que no tienes fantasmas no puedes considerarte un hombre verdaderamente rico. Si tienes fantasmas lo tienes todo. (Barrie l'a toujours su, depuis le début, depuis la mort de son frère David : tant que l'on n'a pas de fantômes à soi, on ne peut pas se considérer comme un homme vraiment riche. Si on a des fantômes, on a tout)"
[...]
"Siembra muertos y cosecharás fantasmas". (sème les morts, et tu récolteras des fantômes)
[...]
"Los muertos son, siempre, obras maestras de la literatura (les morts sont, toujours, les chefs d'oeuvre de la littérature)
Qui nourrit des relations avec la mort devient-il un écrivain?

Je suis né cliniquement mort, donc j'ai nourri une relation depuis le début avec la mort. J'ai commencé par la fin, et c'est peut-être pourquoi la plupart de mes livres commencent par les scènes finales, puis je reviens au début. Mais oui, cela est clair, la mort est la fin de quelque chose et les écrivains ont toujours été préoccupés par la fin. Je veux dire, par l'idée d'une fin. C'est comme l'idée du début, de l'enfance, ce sont des motifs très présents dans toute œuvre littéraire. La mort est intéressante. Ce qui m'intéresse dans la mort n'est pas la mort des morts ou ce qui arrive à quelqu'un quand il meurt, parce que la mort dure une seconde pour les personnes qui s'en vont. Ce qui m'intéresse c'est ce qui arrive aux survivants, ceux qui vivent l'expérience de la mort, et la façon dont cette mort les affecte, un peu comme un fantôme. Je ne parle pas d'un fantôme qui agite un drap blanc et des chaînes, mais de la mémoire ou de ce qui reste : la vie et l'œuvre.

Dans Le Fond du ciel il y a une critique adressée aux livres électroniques : "Cierro el móvil y abro el libro y los libros nunca se descargan, los libros siempre funcionan, los libros siempre están tan dispuestos a ser leídos" (Je referme mon téléphone portable et j'ouvre le livre et les livres ne se déchargent jamais, les livres fonctionnent toujours, les livres sont toujours prêts à être lus). Un black-out pourrait effacer toutes les donnés enregistrées. Pensez-vous que les nouvelles technologies pourraient changer le format des livres ou que les livres vont résister à l'électricité et la vitesse des choses?

J'aime penser que les livres resteront toujours des livres et qu'ils auront toujours cet aspect artisanal. J'ai coutume de dire que le fait que le mécanisme physique d'un livre soit le même que celui d'une porte, qui peut s'ouvrir et se fermer, et vous enfermer, n'est pas une coïncidence. Tandis qu'un écran est comme une fenêtre fermée et puis il y a la limite du cadre. Je pense qu'il ne faut pas confondre un moyen avec un genre. J'attends toujours le grand roman électronique ou le grand blog-roman et jusqu'à présent il n'a pas encore été écrit. Bientôt il surgira, mais je continue à acheter des livres, je n'aime pas vraiment la lecture sur l'écran ni télécharger des trucs.

Un homme de théâtre et "provocateur" brésilien (Antonio Abujamra) a dit : « La philosophie est imbattable face aux maux du passé et de l'avenir, mais ne peut rien face aux maux du présent ». Est-ce que c'est là qui réside la mission de la littérature? Est-elle un lieu qui reconnaît la dissolution du monde et l'auteur est-il un constructeur qui le reconstitue de façon absurde?

La fonction de la littérature est beaucoup plus simple et complexe à la fois. Je pense que si on est un écrivain, ou si on n'est pas un écrivain mais un lecteur, ce que nous offre la littérature c'est la possibilité d'expérimenter d'autres vies. Elle nous permet de vivre certaines alternatives à notre propre vie. Quand on parle des avatars ou de second life sur internet, je peux comprendre que cela soit attrayant pour beaucoup de gens, mais ne je ne vois rien de nouveau là-dedans. Les livres font cela depuis la nuit des temps. Je suis aussi contre l'idée de l'écrivain qui prétend être engagé. Je pense que le seul engagement social de l'écrivain est celui de créer de nouvelles histoires et de nouveaux lieux à visiter. À ce stade de ma vie il me semble très difficile d'imaginer que je pars sur un bateau à la chasse à la baleine. Je n'ai plus assez de temps pour un changement si radical dans ma vie. Je peux toujours lire Moby Dick autant de fois que je le souhaite et vivre cette expérience d'une façon beaucoup plus sûre.

J'ai toujours trouvé intéressante la rubrique de littérature d'un journal brésilien (O Estado de São Paulo) qui cherche à montrer le côté lecteur des écrivains. C'est pourquoi je profite de cette interview pour vous poser certaines de ces questions.

Vous aimez réécrire vos livres, car vous acceptez que votre œuvre ce ne soit pas parfaite ni achevée. Si vous pouviez le faire avec n'importe quel auteur, quel livre changeriez-vous après l'avoir relu? Et comment le feriez-vous?

À chacun son truc. Je me mêle seulement de mes livres. Je ne mettrais jamais la main sur quelque chose qui n'est pas à moi.

Ne supprimeriez-vous pas quelque chose? Un morceau de Thomas Mann?

Quand il y a des histoires que vous aimez et un livre que vous n'aimez pas, je pense que ce livre que vous n'aimez pas sert à montrer pourquoi vous aimez les autres.

Je sais que vous n'aimez pas critiquer les livres que vous avez lus, mais est-ce que vous pouvez nous en citer un qui a frustré vos meilleures attentes?

Il m'est de plus en plus difficile de trouver un livre que je n'aime pas. C'est comme une chose olfactive, vous vous rendez compte que certaines choses ne vous intéressent pas et ainsi vous ne tombez plus dans certains pièges. Je ne sais pas, je n'arrive pas à trouver un, mais je suis sûr qu'il y en a beaucoup...

Et un livre étonnant, c'est-à-dire, un livre qui a la lecture s'est révélé bien meilleur que ce à quoi vous vous attendiez ?

La plupart. N'importe quel roman de John Banville, un auteur irlandais que j'admire beaucoup, dépasse toutes mes espérances. Chaque fois qu'un nouveau livre de cet auteur paraît, c'est pour moi une sorte de célébration.

La bonne littérature est pleine de scènes marquantes. Parlez-nous un peu de votre anthologie personnelle.

Je pense à ma préhistoire. Voyons... le suicide de Seymour Glass dans Un jour parfait pour le poisson-banane (JD Salinger). Lorsque Gatsby jette toutes les chemises de sa garde-robe. La fin de L'Invention de Morel, de Adolfo Bioy Casares. Un récit de Borges, bien sûr. Atteindre la fin de À la recherche du temps perdu, une expérience de lecture formidable. Dans Les Buddenbrook, quand Johan Buddebrook disparaît et qu'on commence à s'en douter de quelque chose.

Utiliseriez-vous ces scènes dans un de vos livres ? ou vous l'avez déjà fait, comme une autre marque de référence?

Je l'ai déjà fait. Dans Le fond de ciel il y a deux scènes que j'aime beaucoup de deux auteurs que je considère comme essentiels. Elles ont été réécrites pour s'adapter au contexte du roman. Il y a une scène de Les Wapshot de John Cheever, un écrivain que j'aime beaucoup et il y a une autre scène de God bless you, Mr. Rosewater de Kurt Vonnegut, qui est un autre auteur qui m'a formé. Le livre que j'ai plus lu dans ma vie est Abattoir 5, de Vonnegut, l'un des livres qui m'a appris la plupart des choses que je sais.

Quels sont les personnages inoubliables dans votre imagination de lecteur?

Miss Havisham des Grandes Espérances de Charles Dickens. Martin Eden, de Jack London. Dracula, j'aime le roman Dracula, car le personnage de Dracula apparaît très peu. C'est une chose techniquement incroyable, parce que dans tous les films on ne peut pas faire ainsi, on a besoin de montrer le personnage tout le temps, alors que dans le roman on le voit très peu. J'aime vraiment ST Garp du Monde selon Garp de John Irving. Et Faustine, le fantôme, de L'Invention de Morel.

De quel auteur avez-vous presque tout lu? Quelle est la raison de l'intérêt qu'il a éveillé ou éveille en vous?

J'ai tout lu ou presque tout de beaucoup d'auteurs. Comme je le disais, Kurt Vonnegut, John Cheever, John Irving, John Banville, Adolfo Bioy Casares, Roberto Bolaño. C'est simple, c'est une question presque gastronomique, quand vous mangez quelque chose qui vous plaît, vous voulez répéter l'expérience aussi souvent que possible, vous ne serez jamais rassasié. C'est comme tomber amoureux et revenir encore et encore à ce lieu où vous avez passé un bon moment.

Citez-nous un livre qui a été fondamental à votre formation, y compris un qu'aujourd'hui vous ne considérez plus si bon qu'au moment où vous l'avez lu.

Fondamental, c'est Abattoir 5, que je considère bon, voire meilleur à chaque lecture. Généralement je garde toutes mes premières amours, je n'en ai abandonné aucun. Pour répondre à votre question, ce ne sont pas les livres, mais plutôt les bandes dessinées, comme Hugo Pratt, c'était un genre qui me plaisait, les BD européennes...

Quel livre avez-vous compris seulement longtemps après sa lecture?

Les grands livres tels que À la recherche du temps perdu, ce sont des livres qu'on ne finit jamais de lire, même si on les a lus. Il n'est pas vraiment question de les comprendre beaucoup plus tard, parce que ce sont des livres qui nous donnent sans cesse des choses nouvelles. Abattoir 5 est un de ceux-là, aussi. Ce sont des livres qui sont trop généreux, ils ne cessent jamais de donner.

Quels sont les livres qui vont à l'encontre de vos convictions, et dont pourtant vous jugez la lecture indispensable ?

Je suis athée et agnostique et donc je suppose que ce sont les textes religieux, le Coran est très intéressant, et la Bible. Ce sont des textes très amusants et également très dangereux, à cause de l'usage que l'on peut en faire, en tant que norme. Ce n'est pas que je les nie, mais je ne les lis pas de la manière dont ils sont lus par de nombreuses personnes. Ou bien encore les livres qu'on appelle best-sellers. Quand un best-seller est bon structurellement et narrativement, je peux apprendre beaucoup de la littérature populaire, dans le sens le plus populaire.

Vous avez écrit de nombreuses préfaces encourageant à la lecture de toutes sortes d'auteurs. Durant les dix dernières années, avez-vous écrit la préface d'un livre que vous déclareriez aujourd'hui classique?

Oui, je l'ai même fait. J'ai préfacé toute l'œuvre de John Cheever. Ces dernières années, Estrella distante de Roberto Bolaño, Una casa para siempre, de Enrique Vila-Matas. Un des livres qui m'a inspiré beaucoup de haine, dans le meilleur sens du terme, quand je l'ai lu, car il me semblait parfait, c'est The Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides. Et John Banville aussi.

Un lecteur du Brésil qui vous admire m'a demandé de vous poser la question suivante: Y a-t-il une quelconque influence du polonais Witold Gombrowicz dans votre travail? Selon ce lecteur, les thèmes et les styles ont quelques points en commun, outre le fait que Gombrowicz a vécu plus de vingt ans en Argentine. De plus, des phrases en polonais apparaissent sporadiquement dans vos romans.

Il y a des phrases en polonais qui apparaissent dans mes romans?[je lui montre un passage du récit La vocación literaria, dans Historia Argentina]. C'est une phrase qui apparaît dans un livre de John Cheever. Lorsqu'il faisait des crises d'épilepsie, il entendait ces paroles. Quelqu'un m'a dit que ces mots étaient en polonais, mais je les ai pris d'une langue épileptique. Je sais beaucoup de choses à propos de Gombrowicz, j'ai beaucoup lu sur Gombrowicz, mais je n'ai pas lu les livres de Gombrowicz. Je connais beaucoup de gens qui sont fans de Gombrowicz, mais je ne me suis pas encore confronté à lui, dans le meilleur sens du mot. Cette influence est plus issue d'une respiration que d'autre chose.

Quelle est la plus grossière erreur que les gens commettent lorsqu'ils parlent de vous?

Voyons... Quelle est la plus grande erreur que l'on commet quand on parle de moi? On parle plus de moi que de ce que j'écris, il y a une sorte d'idée fixe, peut-être parce que j'ai une forte présence dans les médias. Les gens parlent plus de ce que j'écris dans les journaux que de ce que j'écris en tant qu'écrivain. Comme le disait Truman Capote, citant un vieux proverbe arabe « les chiens aboient, la caravane passe ». Que les gens pensent ou imaginent des choses sur vous, c'est quelque chose qui vient avec le travail, et cela crée un sous-genre littéraire, ils vous inventent un personnage. J'espère qu'au cours des prochaines années, on m'écrira et décrira mieux...

Traduction : Fernanda Vilar et Christine Bini


Pour citer ces ressources :

F. Vilar. 06/2011. "Entretien avec Rodrigo Fresán (28 mai 2011)".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 15 août 2011.
Consulté le 13 octobre 2011.
Url : http://cle.ens-lyon.fr/01101380/0/fiche___pagelibre/


 

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