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à propos de "L'heure sans ombre"

Par larouge • Soriano Osvaldo • Mercredi 22/07/2009 • 1 commentaire  • Lu 1396 fois • Version imprimable

le 22 janvier 1998
L'auteur part à la recherche de son père, à l'article de la mort et qui s'est pourtant enfui de l'hôpital. Un père extravagant qui longtemps sillonna l'Argentine pour le compte de la Paramount, inspectant les salles de cinéma et charcutant la pellicule pour complaire à la censure. Un père assez persuasif pour séduire Laura (et engendrer du coup le narrateur) - Laura, somptueux modèle publicitaire (le savon Palmolive, c'était elle !) qui lui avait préféré au départ un basketteur noir américain... Mais notre écrivain-narrateur n'a rien à envier à son papa dans la loufoquerie vagabonde, avec sa vieille bagnole, son ordinateur portable et ses aventures dignes des Pieds Nickelés. Le tout rapporté par Soriano dans un style d'une parfaite sobriété. Une autre façon de tromper son monde. Ou de prendre la bouffonnerie très au sérieux. Ce qui est le propre de la meilleure littérature.
Le Nouvel Observateur - Frédéric Vitoux


Critique de www.lemonde.fr
Le 13 Février 1998
Odyssées intimes
Etranges voyages. Chacun à sa manière, Alberto Ruy Sanchez et Osvaldo Soriano sont les auteurs de deux livres de traversée. Le premier, éditeur et romancier mexicain né en 1951, peint un curieux itinéraire dans les replis les plus intimes des sens et de la conscience. Tout aussi intérieur, mais accompagné d'un cheminement plus ample, L'Heure sans ombre est le dernier récit de l'Argentin Osvaldo Soriano. Disparu en 1997, celui qui fut à la fois journaliste et l'un des écrivains les plus brillants d'Amérique latine, conte là le périple magnifique d'un homme à la recherche de son père, de son histoire familiale et, donc, de lui-même.Ce voyage à travers l'Argentine, Soriano l'a dédié à son père. De cette figure que l'écrivain tenait pour un grand personnage de roman, L'Heure sans ombre donne des reflets où la fiction et l'autobiographie se mêlent en une émouvante et splendide harmonie. L'histoire, chaotique et pourtant très maîtrisée, lance le narrateur sur les traces d'un inconnu rebelle et fantaisiste, censé avoir été le représentant de la Paramount à l'époque où l'on découpait les bobines pour en extraire les scènes les plus « osées ». Malade, ironique, fugueur, ce père apparaît et disparaît au fil d'une chevauchée dominée par ses rêves et ceux de son fils. Deux utopies qui se rejoignent dans leur fragile espoir d'accomplissement, dans leur quête d'impossible absolu.Le rêve du père gît, en miettes, quelque part au fond de l'océan. La ville de verre dont il avait voulu faire la capitale de l'Antarctide a été détruite par le général Isaac Rojas, « décidé à dégommer Peron » en canonnant l'île sur laquelle s'élevaient les premiers contreforts de la cité. « Le rêve dura peu, mais mon père le rêva toute sa vie. » L'ambition du fils est presque aussi chimérique et au moins aussi tenace. En campant un narrateur écrivain, occupé à rassembler les morceaux de son archéologie familiale pour en faire un livre, Soriano se penche sur les ressorts mêmes et les faux-semblants de l'écriture. Car, si toute fiction renvoie à l'histoire des origines, celle-ci ne peut exister sans se teinter de fiction à son tour. En la matière, aucune ville de verre n'est possible, aucune vraie transparence.« Aujourd'hui je ne suis pas sûr que les récits partent des choses de la vie; c'est plutôt le contraire: la vie se conforme à eux. » A travers les mésaventures d'un narrateur qui écrit dans sa voiture, perd son ordinateur, cherche la disquette de secours enterrée au pied d'un arbre brûlé, rencontre différents personnages loufoques et désespérés, Soriano aborde avec finesse les tourments de la mémoire et ceux du roman. L'écriture n'est pas tant ce qui aide à ressusciter le passé que ce qui permet de la vaincre. Et le « voyage inutile » entrepris par le romancier ne l'est que dans ses buts premiers de vaine reconstitution. Car au terme de son épuisante cavalcade autour d'un père et d'un récit aussi fuyants l'un que l'autre, le narrateur peut sans doute tirer un trait sur l'impression éprouvée en début de livre : celle d'être « loin » de lui-même.Fatma, l'héroïne d'Alberto Ruy Sanchez, n'est pas tant loin d'elle-même que des autres. Murée dans un singulier silence, emportée par une suite de mouvements ténus dans un voyage intérieur, elle est en proie à « l'imagination vorace et toujours équivoque du désir ». Ce désir la porte vers Khadidja, une prostituée rencontrée au hammam, une femme à la bouche « souriante et fine » qu'elle ne reverra jamais. Comme Soriano, Ruy Sanchez évoque la quête avide et jamais vraiment satisfaite d'un autre être, de celui qui seul pourrait satisfaire une attente profonde. Divisé en petits chapitres aux intitulés symboliques, le livre est fait de déplacements microscopiques et légers comme l'air qui traverse tout le roman.Des nuages à la mer et aux différentes sortes de voiles, tout se déplace sous l'effet d'un vent que l'auteur a personnifié jusqu'à en faire un héros supplémentaire, simple messager ou amant de substitution. « L'air de la mer qu'elle prenait à sa fenêtre était la main qui la caressait tendrement de l'intérieur ; dressée, elle en emplissait ses poumons, se livrait à lui pour sentir en elle sa pression progressive. » Cette brise est aussi l'élément du « voyage sans destination » de Fatma, celle qui dessine des formes imprécises et la transforme en un fantôme, « à peine un souffle brillant cherchant où s'incarner, s'inventant un corps dans lequel prendre forme ». Usant d'une langue mystérieuse et poétique, Alberto Ruy Sanchez explore les souterrains du désir. Et si certaines métaphores paraissent ampoulées ou inutilement absconses, plusieurs passages sont à la fois beaux et troublants. En particulier celui qui promène Fatma d'une salle à l'autre du hammam, dans une progression sensuelle et solitaire vers les lieux d'un plaisir codifié, mais nullement conventionnel. A pas de loup se dévoile, sous la plume d'un homme, un univers féminin qui n'exclut pas les hommes, mais les évoque surtout comme adjuvants du désir.
RAPHAELLE REROLLE

Commentaires

Lien croisé par le Vendredi 04/03/2011 à 17:49

Osvaldo Soriano - L'Heure sans ombre - Sébastien Fritsch, Ecrivain : "D'autres infos sur ce roman ici. "



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