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à propos de La soif primordiale 2

Par larouge • De Santis Pablo • Vendredi 09/03/2012 • 0 commentaires  • Lu 607 fois • Version imprimable

 

La confrérie des buveurs de sang

publié le 08 mars 2012 à 09:57



 

Et pourtant, nous passerions une bien meilleure nuit si nous renoncions à chasser en agitant un balai et en poussant des cris horrifiés la chauve-souris entrée malencontreusement dans notre chambre par un doux crépuscule d'été et par la croisée entrouverte. Fermons plutôt cette fenêtre, tirons les rideaux, la chauve-souris veillera sur notre sommeil, elle exterminera les vrais suceurs de sang que sont les moustiques, elle éventera nos fronts moites de son aile silencieuse. Car nous avons alors affaire le plus souvent à l'inoffensive et insectivore pipistrelle et jamais, pratiquement jamais, au Desmodus rotundusqui, quelquefois, en effet, saigne un boeuf entier dans la pampa. Il est plus rare encore que ce petit monstre craintif se révèle être quelque Nosferatu métamorphosé, venu boire à la source le seul vin qui l'enivre - et quand bien même, s'il faut mourir, cette fin-là ne serait pas la pire, qui blesse à peine notre gorge de deux trous imperceptibles et fait de notre corps un gisant marmoréen enfin maître de ses émois et de ses palpitations ; sachons l'accueillir dignement.

Depuis Le Vampire (1819), de John William Polidori, puis, surtout, le Dracula (1897), de Bram Stoker, la littérature - toujours suivie comme son ombre par le cinéma - a fait de cette figure un mythe gothique et même un genre en soi : donjon surgissant du brouillard, cercueils, canines acérées, gousses d'ail et crucifix, le romancier délègue au décorateur et à l'accessoiriste la plus grosse partie de son travail. Le premier mérite de l'écrivain argentin Pablo de Santis est donc de renouveler le genre en y injectant un peu de sang neuf.

Il commence par décrocher des cintres les brumes mitées de Transylvanie pour situer l'intrigue de La Soif primordiale dans la Buenos Aires des années 1950, et son livre s'ouvre comme un classique roman d'initiation : le jeune narrateur quitte son village et découvre la ville. Santiago Lebrón travaille d'abord comme apprenti chez son oncle, réparateur de machines à écrire électriques - "Olivetti, Corona, Underwood, Hermès, Continental, Remington, Royal" : on peut se fier à ces belles mécaniques pour noircir du papier sans perdre le sens des réalités.

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