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Silvina Ocampo

Par larouge • Ocampo Silvina • Vendredi 10/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 855 fois • Version imprimable





Silvina Ocampo (1903-1993)
Silvina Ocampo naquit en 1903 à Buenos Aires et mourut en 1993 dans cette même ville, dont elle avait si passionnément aimé les arbres magnifiques. Son œuvre en prose arriva de ce côté de l’océan grâce à Hector Bianciotti, qui choisit les contes pour Faits divers de la terre et du ciel, ouvrage paru en 1974, qui s’ouvre par deux belles introductions, une de Borges et l’autre d’Italo Calvino. Mais à l’exception de quelques poèmes, que j’ai traduits pour différentes revues, son travail poétique, qui représente plus de la moitié des vingt titres de son œuvre publiée, reste inconnu des lecteurs français.Poèmes d’amour désespéré vit le jour en 1949 en Argentine. Le recueil contient les thèmes préférés de l’auteur ; ils se déversent comme une cascade, venus d’une seule source : l’amour. Dans un livre de dialogues avec l’écrivain argentin Noemí Ulla, elle dit : Cette histoire d’écrire fait partie de l’amour… Écrire est un acte d’amour… Parfois j’écris pour une personne amie, qui m’est chère, et qui ressent ce que j’écris. De la fontaine, évoquée si souvent dans ses poèmes, fusent des gerbes de toutes les fleurs, tous les parfums, les étoiles de l’été, les branches des eucalyptus, l’oiseau et son chant, la ligne du lévrier en fuite dans la plaine, les crépuscules qui brûlent l’âme, et l’eau qui court entre les reflets des mots.Lorsqu’on lit la poésie de Silvina, on se promène dans un jardin circulaire qui fut celui de son enfance ; c’est le soir, avec ses flammes qui survolent et ses parfums mêlés qui montent de la terre ; c’est l’amour et la mélancolie ; c’est la rivière et ses timbres ; ce sont les couleurs qui s’y reflètent, s’y répètent à peine altérées ; c’est le silence de la sieste et ses murmures ; c’est une transparence palpable, tiède, sensuelle, matière des rumeurs, de l’air, des ombres. Et en réalité on ne lit pas ; le lecteur déambule près de ses songes, comme si le texte, dont il entreprit la lecture, l’avait invité à laisser le livre de côté et à se perdre dans les sentiers d’une lumière intime, où les fleurs, le lierre, les plantes, les arbres, poussent et s’entrelacent à leur guise. Nul n’organise cette nature enchantée, où les mystères s’exhalent des miroirs, guidés à peine par un regard passionné.Ce regard est aussi visionnaire. Borges nous le rappelle dans son introduction : Il y a chez Silvina Ocampo une vertu qu’on attribue communément aux Anciens ou aux peuples d’Orient, et non à nos contemporains. C’est la clairvoyance ; plus d’une fois et non sans un début d’appréhension, je l’ai sentie en elle. Elle nous voit comme si nous étions en cristal, elle nous voit et nous pardonne. Essayer de la tromper est inutile.Elle possédait une intelligence céleste, dont elle faisait usage en silence pour observer la nature qu’elle vénérait, comprendre les animaux, les êtres qui lui étaient chers. Magicienne, elle pratiquait naturellement la divination, s’exerçant, comme la muse Polymnie, aux facultés d’apprendre, de pressentir, de se souvenir. Elle se plaisait à traduire ses poèmes en d’autres langues, et en espagnol la poésie de Ronsard, Nerval, Baudelaire, Andrew Marvell, Alexander Pope et surtout celle d’Emily Dickinson, qui l’envoûta pendant de longues années, et dont elle rassembla six cents poèmes dans un volume préfacé aussi par Borges. Avec une fascination particulière, elle écrivit de nombreuses pièces de théâtre, inédites pour la plupart, à l’exception de Los Traidores (Les Traîtres) qu’elle conçut avec Wilcock. Musicienne, elle connaissait les secrets de la peinture, des lumières et des ombres ; elle dessinait indistinctement les portraits de ses amies et de ses poèmes, entrelaçant ainsi, d’un même fil, les visages et les mots.
Silvia Baron Supervielle

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