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Sans parachutes, entretien avec Gabriel Bañez

Par larouge •  • Lundi 10/08/2009 • 0 commentaires  • Lu 1050 fois • Version imprimable

GABRIEL BAÑEZ

Sans parachutes

 

par Soledad Franco

 

Un entretien décontracté avec l’écrivain, éditeur, journaliste qui, depuis les banlieues de La Plata, a perdu ses cheveux, mais pas son humour.

 

Qui est-ce

 

Gabriel Bañez est né à La Plata en 1951. Il est écrivain, journaliste et directeur de La Comuna Ediciones. En Octobre 2008, avec son roman « La cisura de Rolando, il a obtenu le premier prix international « Letra Sur » et malgré le fait qu’il ne soit pas un écrivain inconnu (il avait été finaliste du prix Juan Rulfo avec le récit « Le cirque ne meurt jamais », son roman « Les enfants disparaissent » était déjà un film et « Cultura » [Mondadori 2006] se vendait comme du petit pain) sa notoriété a considérablement augmentée. Le juré composé de Martin Kohan, Claudia Piñeiro et Juan Sasturian, a sélectionné son œuvre parmi 293 candidates venant des diverses provinces ainsi que de l’étranger.

Depuis longtemps il dirige un atelier d’écriture devenu légendaire, un peu par son prestige mais aussi telle la légende de l’or : ceux qui l’ont fréquenté ne veulent pas donner de renseignement sûrs à son propos. Ceux qui ont entendu la rumeur la pistent jusqu’au bureau du premier étage du Passage Dardo Rocha depuis lequel il dirige l’Éditoriale, pour savoir si l’atelier existe, s’il commence et à quel moment. Je le sais parce que je travaille là et réponds aux téléphone. Aussi parce que j’ai fréquenté cet atelier. La situation depuis laquelle je lui adresse ces questions me permet d’entrer dans son passé et trahir quelques uns de ses secrets et projets futurs délirants. Je vous présente ici un Bañez intime.

 

- Certaines personnes deviennent écrivains par des chemins plutôt faciles. Prenons Borges, il raconte qu’à six ans il a dit à son père qu’il voulait être écrivain et, étant donné son entourage, c’est comme si tu traçais avec un crayon et une règle un trait d’un point vers un autre.

D’où viens-tu ? Quand tu as décidé que tu voulais écrire, tu as imaginé quelque chemin ?

 

- Je viens du quartier de La Loma, d’une maison boyau c’est à dire étroite et longue (casa chorizo) de la rue 38 n° 1164, si je me souviens bien, entre l’avenue 18 et 19. Là commençaient les histoires, dans l’enfermement familial, d’un ordre travailleur de cacophonies appelés mère/père et un enfant de peux de paroles qui devait attendre que la mère arrive pour que la porte s’ouvre et que lui puisse sortir vers l’insécurité. Beaucoup d’emplois, peu d’argent. Personne pour s’occuper de l’enfant. Alors enfermement et livres : livres avec des dessins, un dictionnaire avec des dessins, histoires qui continuaient à se raconter avec plus de dessins. Les dessins étaient évidents, les paroles beaucoup moins. À cause de cette faille, je crois, je les inventais. Il y avait un dessin avec un planeur dans l’un de ces dictionnaires auquel j’avais accoté  l’histoire d’un pilote qui se lançait sans parachute pour tomber juste sur la place de La Loma. Il tombait débout et tranquille. Je me souviens de cette première histoire. S’est moi qui devais être le pilote, évidemment. Le planeur continuait sa course et s’écrasait contre l’église du quartier. J’ai toujours été très croyant. À cette époque, soyons sévère avec l’époque, les jardins d’enfant avec des petites salles multicolores n’existaient presque pas et il y avait des mères qui pensaient  – peut-être avec une bonne intuition – que déposer des enfants était quelque chose comme inhumaine. Aujourd’hui existe le mot sociabilisation qui s’adapte aux exigences des petits en âge de petite salle rose, disons. Pour ça : le chemin n’a jamais été imaginé. Il commence dans le tramway 7, imaginant des histoires au travers des  fenêtres. Le meilleur de l apprentissage apparait parmi ceux qui prenions ce tramway. Parce que ce tramway était la  lenteur. L’école à laquelle ils m’envoyaient, était loin et les transports scolaires étaient pour les riches, même si ce n’étaient pas des transports, c’étaient des voitures pleines d’enfants des familles riches avec chauffeur. L’anxiété n’a pas besoin de plus pour se montrer.

 

-         On dit  que tu as commencé en commentant des livres, chez « Clarin » à force d’user la chaise de la réception du directeur de la section. C’est vrai ? Tu peux nous raconter cette histoire ?

 

- Oui, bien sûr. Je m’y suis insinué peu à peu. Me renseignant de qui était en charge de la section, montant la garde, espérant, essayant de parler avec lui. Jusqu’à ce que l’opportunité se présente, un livre, deux à commenter, et comme ça. Des mois et des mois. Rien de un autre monde, pas de copinage. Obstination, insistance. Le chef de la section, qui à ce moment s’appelait Cultura y Nación, était Fernando Alonso.

Une sorte de despote attachant par moments, plein d’amabilité et de peurs, peurs provenant de certaines ignorances, je crois. Très détesté, très aimé, très oublié. Un homme gris qui, cependant, m’a donné la possibilité de ‘entrer à « Clarin » y après l’opportunité d’en souffrir. Chez « Clarin » j’ai connu de grands chroniqueurs, des signatures importantes, tels que Sábat, Sdrech, Gregorich y autres. Il y avait un tel Rocamora (journaliste), un tel Jorge Asis, qui en ces années a connu la gloire avec un livre, au moment même où j’arrivais, Flores robadas en los jardines de Quilmes, « Fleurs volées dans les jardins de Quilmes » (un très joli livre. Note de moi).  Les éditions « de la Flor » avaient édité mon premier ou deuxième livre en ces temps-là : El capitán Tresguerras fue a la guerra (le seul que je n’aie pas encore lu). Quand un jour à la rédaction quelqu’un m’a présenté à Asis, celui-ci m’a dit : « Alors c’était toi l’équatorien ? » « Pourquoi ? ». « J’ai vu ce petit livre qui trainait par là, et comme Divinsky édite toujours des latino-américains, j’ai pensé que l’auteur était équatorien » a-t-il dit. « Je le suis, lui dis-je, je suis né à Quito » ai-je répondu. je crois que ça ne lui a pas plu.

 

- Comment à été ton expérience chez « Cronica » ? Elle a apporté quelque chose à ta littérature ? Il y a-t-il quelque chose de vrai dans la rumeur qui te décrit faisant des performances style Fabio Zerpa ? (un parapsychologue uruguayen)

 

- Chez « Cronica »ça a été très rude. Mais je suis passé par beaucoup de rédactions. La musique de ces Olivetti et Lexington m’ont donné quelque chose du rythme de l’écriture. Il y a une musique que les vieux chiens de rédaction exécutaient et mon oreille elles arrivaient en langage. C’est une mélodie invisible mais qui rente flottant comme une histoire de beaucoups, presqu’anonyme, sans pertinence parce que la composition est une histoire. Les apports du journalisme à ma littérature doivent être des purs détachements. Aucun histoire ne m’appartient. On est chroniqueur avec le moins de soi-même.  À propos de la performance. Ja! C’est très bien de la nommer ainsi, c’est totalement vrai. J’ai été enlevé dans les années 80, voyageant dans une « Citroen », en pleine avenida de Julio, en face de l’édifice de Travaux Publics. Ça s’est passé un an avant la guerre des Malouines. J’ai traversé un brouillard en pleine avenue et tout à coups j’ai apparu, avec voiture et tout, au milieu d’un panorama désolé, une ville à moitie détruite, connue mas  étrange a la fois.  Bizarre. Sans circulation, sans personne. Après j’ai réapparu au milieu d’un chaos et avec une voiture tournant autour de l’Obélisque. J’ai regardé l’heure, ça avait duré deux heures. En blanc, alors que ça a été une expérience de quelques secondes. Je n’étais pas seul. Ma femme à mes côtés, avait vécu la même chose. Quelques jours après j’ai fait une expérience avec Tu-Sam (père) (un parapsychologue très connu en Argentine), qui m’a hypnotisé. Il a réussi a percevoir dans une espèce de rêverie quelques être étranges qui m’entouraient m’implantaient une puce dans le bras droit. Je l’ai encore. Je garde même quelques plaques radiographiques où on peu très bien la distinguer avec acuité. Je suis passé par tellement de rédactions que, comme je te l’ai déjà dit, je suis très croyant ; Je suppose qu’ils me contrôlent.

 

- Ton premier roman a été publie par « de la Flor ». De quelle manière tu as obtenu qu’il le publient ?

 

- J’ai réussi a ce qu’ils le publient, grâce à ce qu’ils le refusent. Quand ils m ‘on dit non, j’ai dit : « mais bien sur, comment n’alliez vous pas me le refuser alors que je vous ai présenté un manuscrit erroné, ce n ‘est pas celui-ci ». la responsable en ce moment – Divinsky était en exil  au Venezuela, je crois – m’a regardé sans comprendre. Avant qu’elle ne me dise quelque chose, je lui ai dit que dans une demi-heure je lui remettrais le bon original qui était chez un autre éditeur. En ce temps les éditions de La Flor se trouvaient rue Uruguay. Je suis descendu, ai acheté une chemise d’une autre couleur. Dans la demi-heure j’ai livré le même original dans une chemise bleue, disons. Et ils l’ont accepté. Trois mois plus tard ils m’ont appelé et j’ai signé le contrat. Ca n’est pas la même chose un ton qu’un autre, il n’y a pas eu d’erreur ou de négligence dans la lecture.

 

- Comment est ta relation avec tes éditeurs ? Et comme éditeur ? Quels critères tu appliques pour décider qu’un texte deviendra livre et un autre non ?

 

- Très bonnes, je suis l’ami de mes éditeurs. Je n’ai pas de critère, je ne pourrais pas en avoir. Quelque chose me plaît, me paraît bon y après je le livre à la lecture des autres. Quelqu’un en qui j’ai toute confiance, tellement qu’elle est mon alter ego intellectuel, est Soledad Franco. Elle peut lire en vert, disons, moi en bleu. Quand j’était gosse, je voyais des arbres avec des coupoles bleues. La lecture critique est une tronçonneuse.

 

- Combien de « carrières » universitaires as tu commencées, pourquoi tu les as choisies et qu’est-ce qui t’a poussé à les abandonner ?

 

- j’ai commencé quatre carrières et toutes m’ont abandonné. Je suis en récréation universitaire depuis longtemps. C’est une omission. Lettres, Histoire, Philosophie et Cinématographie.  C’est en Cinématographie, en Beaux-arts que je suis resté le plus longtemps. Trois ans. Mais la seule chose qui m’intéressait était «écriture de scenario » comme matière. J’ai du abandonner pour travailler, comme taxi, vendeur de pâtes et jusqu’à de l’artisanat avec des chaînes que je soudais et je faisait des lampes, des pieds de cintres, appliques, cendriers, ce genre de choses. Je faisait de la soudure de pointe, avec des électrodes. Je m’étais construit un petit atelier, mais un jour une étincelle l’a brûlé. j’ai tout perdu. Ce sont toujours les détails qui font étincelle et alimentent l’incendie. Perdre ça, faire jaillir l’étincelle.

 

- Quels autres métiers as-tu exercés plus tôt ou en parallèle, avant de pouvoir vivre de ton écriture et de tes livres ? Si tu n’avais pas été écrivain, qu’est ce que tu le plus aimé faire ? 

 

- J’ai été peintre aussi, mais de maisons. J’ai fait pousser des bonzaïs un temps et je me suis retrouvé à élever des poulets dans une ferme. J’ai n’aurais rien préféré, aucune frustration. Où oui, prêtre ou psychologue. Un de ces jours je vais ouvrir un cabinet, quelque chose de sobre, plutôt froid, avec des miniatures africaines et une table lacanienne. Mais ça , ce n’est pas de la frustration, c’est quelque chose que peut-être je réussirai. Je recevrais par assurance maladie, un bon de couleur violacée, les tons sont importants. Je crois que comme faux psychologue je serai très crédible, efficace, je veut dire.

 

 

- Dans “El curandero del cuarto oscuro” et Dans “La cisura de Rolando” (pour citer deux titres éloignés dans le temps) apparaissent des mères qui sont couturières et adeptes de l’ésotérisme, et des pères bohèmes ; dans presque tous tes romans un des personnages principaux se caractérisent par ses « troubles du comportement » ou leur « bipolarité ». Qu’y a-t-il de ta vie dans ton œuvre ?

 

 

- Je suis un dissocié, non à la manière balzacienne, mais dans un sens Bañez. Et ce qu’écrit Bañez, me dicte mon moi, c’est couture, faufiler, point-arrière. Je couds pour dehors, comme ma mère écrivait pour dehors aussi. Mon hommage de couturier est : je fais tout de travers, comme elle disait quand elle était pressée. Ma vie en œuvre est une manche raglan qui ne tombe pas bien, un revers défectueux.  Quand j’étais jeune j’ai reçu de chocs d’insuline pour retrouver la raison et des ces aimables et tièdes sensations je retiens la bipolarité, non pas comme une pathologie mais comme une sensation  tantrique : Bañez voit Bañez se promenant dans un jardin un jour de visites tandis qu’il se penche par la fenêtre de sa chambre 8, je me souviens du numéro. Après la marmelade de prune pour faire monter le taux de sucre. Et le thé trop infusé. Robertito en train de s’arracher les cheveux à l’aide d’une pince y les voix et gémissements des autres, celle de Farías qui disait qu’il était là par une « erreur infâme du sang du Christ ». Farías donnait des messes instantanées. Une infirmière m’a expliqué qu’il était schizophrène. Mais je m’agenouillais et priais quand Farías faisait le signe de croix. Plus croyant que moi, comme il me semble vous l’avoir dit ; je suis dévot.

 

- Dans plusieurs reportages que tu as donné dernièrement tu soutiens que « mère est langage et que père est écriture »

Tu peux expliquer cette phrase ?

 

- Oui, je suis né et  y était mère m’attendant, avec un style de langage. Après, père nous a abandonnés et je me suis mis à l’écrire.

 

- Presque tous les écrivains ont habituellement des conseils ou des recettes, certains comme Quiroga, Pynchon ou Cheevert, les partagent avec leurs lecteurs : quel serait ton décalogue pour ceux qui veulent exercer cette profession ? 

 

- Il n’y a pas de décalogue. Oui, une phrase volée a Montherlant qui dit qu’il faut écrire comme si on était mort et une autre escamotée à Bañez qui conseille de ne jamais faire de la bonne littérature. Nous sommes tous des perdants. Et le savoir depuis le “allons’y .»

 

- Je sais que tu as deux nouveaux projets d’écriture, un nouveau roman et un livre en collaboration sur la relation femme – gâteau, j’aimerais que tu t’exprimes un peu à ce sujet ( en particulier le deuxième)

 

-         Le livre, en état de projet, raconte comment Hitler est arrivé dans notre pays. Et comment des cents et del mil le vénèrent sans le savoir. Cà n’est pas du tout une fiction. C’est une part du travail d’information d’un espion qui a travaille avec un contact féminin qui vit encore à Bariloche. Mais Bariloche n’est pas une ville de confiance. Les contacts, moins encore. L’autre projet pourrait s’appeler « Gâteau de Femme », puisqu’il y a une relation cosmogonique et ontologique entre la femme et les gâteaux. Nous allons l’écrire avec Luis Chitarroni, lui comprend, et moi j’assume que les états unis envahissent comme ils ont envahi l’Irak, quelque chose de cela peut s’expliquer et s’arranger avec une tarte aux poireaux. Il y a beaucoup de variétés qui expliquent l’origine des choses, d’épinard, œufs et jambon, par exemple. La tarte est récipiendaire, elle admets la théorie vulgaire du jambon et fromage aussi bien que l’anxiété dans les sociétés modernes. Mais la femme est la seule à détenir le savoir, la notion tartologique ou gateaulogique de comment est le monde et vers où on va. Oignon et fromage, par exemple, est une des rares acceptées par les hommes. Notre ignorance à propos du savoir acquis par la femme pendant des millénaires de humanité est colossal, il n’y a qu’à voir les rebord et la circularité de ce savoir essentiel.

 

- Si tu avais fait un auto entretien,  quelle question tu te poserais ?

 

-         Si j’avais fait un auto entretien,  quelle question je me poserais ?

 

 

Je suis un inutile

 

Je suis un inutile, un retardé, pour être plus précis. Il y une semaine j’ai essayé d’envoyer un texto par le portable à Facundo (mon fils) pour savoir s’il était bien arrivé en Uruguay – à Punta Colorada collé à Piriapolis.

Et j’ai écrit « cobs vts ». quinze jours plus tard il est revenu et m’a demande : « quelle merde as tu voulu m’écrire ?» je lui ai dit : Comment tu vas ? « Tu es sans remède. » m’a-t-il répondu. C’est vrai. Je le suis.

Penser que le jours de amoureux, les texto ont saturé les lignes téléphoniques de plus de la moitié du monde. J’ai écrit une note sur les « connectés » ; les nouveaux aveugles. Il me manquait le dernier mot pour le texte. Je le mets ici : « émotionnel ». Concrètement  que le troupeau obéissant de « yanquilandia » à célébré la Saint Valentin, saint pétarades s’il y en a un, avec des bêtises comme « je t’aime »,, « je t’adore » etc., à distance, sans se regarder dans les yeux, appuyant sur des touches.

Les multinationales adorent  ses abrutis des bons-bons et célébrations grasses. Ils s’alimentent de ça. Enfin, la vérité est que je n’ai rien écrit, je n’ai salué personne, la seule chose que j’ai faite le jour de la Saint Valentin, est de faire tomber un mur tordu. Le démolir. Après sauver brique après brique et le reconstruire. Il est là de retour à sa place. Après j’ai sauvé chaque rosier adossé au mur, près de quatorze. Ils sont en pleine forme et font de nouvelle pousses. Je les soigne comme s’ils étaient miens. Intacts, ils le sont.

Pour les sms ou msn, je le dis, je suis un parfait idiot.

 

 

Texte de G.B

cortey.blogspot.com

 

 

 

 

 

 

Source: Revista en marcha, mayo 2009

source: http://www.ajb.org.ar/IMG/pdf/revista52.pdf

traduction: irene meyer

 

 

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