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Je suis un fanatique de l'erreur

Par larouge •  • Lundi 17/08/2009 • 0 commentaires  • Lu 1146 fois • Version imprimable

Pagina 12

Samedi 11 octobre 2008

 

Gabriel Bañez, gagnant du Premier Prix International « Letra Sur »

 

« Je suis un fanatique de l’erreur »

L’écrivain de La Plata fêté dans la première édition du concours littéraire qui s'est tenu à Puerto Madryn. « La cisura de Rolando » a obtenu le premier prix, élu par le juré composé de Juan Sasturian, Claudia Piñeiro et Martin Kohan.

 

Par Silvina Friera

 

 

Presque tout ce que j'ai écrit a à voir avec les dysfonctionnements ", explique Bañez.

 

Depuis Puerto Madryn

 

 

 

La mer pagonique est une puissante attraction, pour les habitants de Buenos Aires, qui sondent le vas et viens des eaux cherchant une clef qui leur permette de appréhender cette inquiétante immensité. « Ce lieu émeut même une pierre. » a dit Alfredo Lichter, l’écrivain et naturaliste, Président de la fondation Ecocentro. Où s’établit, à simple vue, la limite entre le ciel et l’océan ?Il vaut mieux ne pas essayer de la trouver, c’est impossible. Si nous devons à Borges la transformation en chef-d’œuvre de la dédicace imprimée, nous devons à Gabriel Bañez écrivain de La Plata, flambant gagnant du Premier Prix Letra Sur, avec « La cisura de Rolando », le mérite d’avoir transformé la dédicace orale, en pied et en direct, en un art contaminé par la « stand up comedy » : « Je dédie ce premier prix aux baleines, qui avec tant de ponctualité et sagesse s’approchent de la côte pour regarder les gens. » Personne n’a été vérifier si quelque baleine avait sauté, fêtant avec ses pirouettes la mention. Mais les résidents ont applaudi l’auteur à tout va, ce chauve qui a piloté avec ironie son « incapacité de parler »

 

Bañez à avoué avoir été « séquestré » pendant deux jours dans un hotel de Puerto Madryn, ville à laquelle il voue une dévotions spéciale appelée faiblesse, heureusement inconnue des journalistes. « Un ami d’enfance, Ignacio, quand je lui ai raconté que j’avais gagné, m’a dit : « Attention ! parce que toi comme raté, tu es très bon. » Mais  la plaisanterie la plus appréciée, au moins par ceux qui connaissent le petit monde de milieu éditorial, est arrivé quand il a annonce une mauvaise nouvelle : « Il ne s’agit pas d’un orphelin qui rejoint une école de sorcellerie » et pour enfoncer le clou devant le juré qui l’a déclaré gagnant à l’unanimité : « le roman gagnant n’est, heureusement, pas un plagiat »

 

Attention, Bañez, écrivain silencieux au profil très bas, est un remarquable narrateur qui a promis de s’acheter un télescope avec une partie des cinquante mil pesos du prix. « je vais l’utiliser quand je reviendrai pour mieux observer les baleines » blaguait l’auteur de « La cisura de Rolando » qui va être publié au mois de décembre par l’éditorial « El Ateneo ».

L’actuel gagnant  a prodigué des remerciements à droite et à gauche mais il a mois surpris qu’avec sa dédicace étonnante et sympathique pour les baleines, quand avec un geste atypique dans les grandes cérémonies un peu pompeuses il a remercié les participant faisant cette déclaration : « Nous attendons tous quelque chose ou quelqu’un. Tous nous sommes participants et participons toujours », a-t-il dit « L’humour est le recours du « dés-espoir » concluait l’écrivain et journaliste de La Plata ; une phrase a résonnance un peu tchekhovienne.

 

Avant la prestation exceptionnellement théâtrale du gagnant, montait sur scène l’habile et surentraîné Juan Sasturain, l’un des membres du jury, composé également par Claudia Piñeiro et Martin Kohan. «  C’est très beau d’annoncer un prix. Le roman est très bon, a résumé Sasturain.

« Les prix littéraires ont mauvaise réputation, on dit qu’ils sont arrangés, mais moi je suis marié avec un premier prix Planeta (par Liliana Esclair)… l’auteur de « Manuel des perdants » et « Du sable dans les godasses », entre autres titre, a proposé de faire un inventaire thématique de ce que a été écrit en Argentine, avec les romans qui se présentent pour les prix Algafuera, Clarín, Planeta, « pour voir ce que nous avons dans la tête et les histoires qui circulent ici et là. Faisant appel à une métaphore footballistique, il a confirmé que « écrire un roman n’est pas facile, il faut avoir une longue endurance». Martín Kohan a parlé du principe qu’il a l’habitude d’appliquer à une première œuvre. « je préfère un roman que je trouve bon, mais qui a pris des risques, insiste-t-il,  se risquant ». Le roman de Bañez, d’après Kohan, a un sujet « démembré, désintégré, mais le narrateur est très puissant et a l’énorme avantage de capturer le lecteur.

 

Quand le téléphone à sonné dans sa maison de La Plata et qu’on lui a annoncé qu’il avait gagné, l’écrivain a vécu un moment de perplexité. « Marcos Mayer (responsable de la présélection des dix œuvres finalistes) m’a appelé, j’ai été sur le point de lui raccrocher au nez – a admis Bañez pendant la conférence de presse. Je lui ai dit : « C’est une blague ? ». et je ne l’ai cru qu’après avoir lu dans la page de « Letra Sur » que je figurais parmi les finalistes : « La cisura de Rolando complète le magma des obsessions de l’écrivain de La Plata ». « Presque tout ce que j’ai écrit a un lien avec le dysfonctionnel (dysfonctionnement), en est près ou le frôle. » assure-t-il. Cultura, édité par Modadori, est l’histoire d’écrivain et éditeur, Ibañez, qui est dysfonctionnel. « En ce sens, parce que j’ai recommencé avec ce thème, je soupçonne peut-être que, dans une certaine mesure, majeure ou mineure, nous sommes tous un peu handicapés - explique-t-il – La version de la culture que je donne dans ce roman, il me plaît de la nommer « en milligrammes ». Beaucoup disent que c’est une parodie de la culture officielle; c’est possible, superficiellement, mais il me semble que c’est une approche de la médicalisation actuelle, à l’acharnement psychiatrique en tous cas »

 

L’écrivain de La Plata ne prétend pas faire une analyse de la dissociation. « Quand je m’approche du thème ou que la dysfonction s’approche de moi, le « moi » est dans cette dissociation. Je ne la regarde pas avec une attitude « dissecatoire » et analytique. « La cisura de Rolando » est racontée en deux parties. Rolando, un enfant de quelques dix ans perd la parole et reste aphasique. « On suppose que la perte de la parole est un handicap, mais pour le personnage c’est totalement normal ; ceux qui le dissocient sont ceux qui l’entourent. » souligne le gagnant du Premier Prix International du roman, « Letra Sur ». « La deuxième partie du roman reprend le même personnage quand il a quarante et quelques années, quand il fait une crise cruciale. « Alors il se tourne vers une thérapie lacanienne, au travers de laquelle j’adresse un hommage au langage, parce que Lacan est langage et fiction – à soutenu l’écrivain – Aussi bien la première que le deuxième partie ont a voir avec une structure, il y a un lien très fort, pas seulement avec le personnage lui-même dans les deux moments de sa vie, mais qu’il y a une structure technique qui les unit, celle que j’appelle « la structure du coyote et de bip ! bip ! preuve erreur, preuve erreur bib ! bip ! il essaye de l’attraper et s’échappe, il essaye de l’attraper et il s’échappe. »

 

« J’écris parce que je ne sais pas parler » est la première phrase de La cisura de Rolando. « Cette phrase appartient au réservoir naturel des écrivains ; je crois que ont écrit avec seulement 200 ou 300 mots ; mais entre ces mots il y un réservoir linguistique qui appartient a ce qui est de l’ordre de l’affect, un bastion idiomatique qui commence dans l ‘enfance » – a ajouté Bañez -  « Quelques paroles me semblent véridiques, ont un poids spécifique, une texture. La phrase ‘J’écris parce que je ne sais pas parler’, je ne dis pas qu’elle est authentique. Le mot ‘authentique’ ne me plaît pas, comme ne me plaît pas non plus le mot ‘littérature’ ; je préfère le mot ‘écriture’. Le mot littérature est canonique, c’est un fossile ; le mot ‘écriture’ est imparfait, il est organique ; inclut l’erreur et moi je suis un fanatique de l’erreur. » Sur fond d’insondable océan, par un après-midi nuageux et venté, Bañez a dit que « Le langage est l’accoucheuse de la pensée. » Mais quad j’écris, précise-t-il, “je n’ai pas de plan préconçu, je me laisse emmener. »

La consécration est arrivée à Bañez, né à La Plata en 1951 et journaliste au journal El Dia, après avoir publié presque une douzaine de romans. Comme le bip ! bip ! l’écrivain essaye d’échapper à la persécution des coyotes avec caméras, enregistreurs, et microphones qui le poursuivent à traves de l’Ecocentro. Mais finalement journaliste, il se laisse attraper, parfois, par ses collègues, jusqu’à ce que bip ! bip ! fasse savoir que ça suffit, il fait cadeau d’une dernière phrase : « quelle ville splendide pour y vivre » et s’éloigne, heureusement contaminé, par les petites rues de Madryn.
http://www.pagina12.com.ar/imprimir/diario/suplementos/espectaculos/2-11605-2008-10-11.html

traduction: Irene Meyer

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