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extrait de Luz ou le temps sauvage

Par larouge • Osorio Elsa • Vendredi 10/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 833 fois • Version imprimable

PROLOGUE
1998


Luz, Ramiro et leur fils Juan arrivèrent à l'aéroport de Barajas à sept heures du matin d'un jeudi chaud. Dans le taxi qui les conduisait à l'hôtel, Luz leur parla de la Plaza Mayor, des ruelles étroites et mystérieuses, des bars ouverts à toute heure, des femmes au regard hautain qui dansent avec leurs mains comme des oiseaux inquiets. Tu vas adorer le flamenco, Ramiro, et toi Juan je vais t'emmener au parc du Retiro.

Peut-être Luz voulait-elle leur faire croire - ou croire elle-même un instant - qu'ils étaient là pour connaître l'Espagne et non pour l'accompagner dans sa course folle qu'elle n'avait pas pu arrêter depuis qu'elle s'était mis cette idée en tête, à la naissance de Juan. Car c'était à la clinique même qu'avait commencé à grandir ce doute dont elle n'était pas parvenue à se défaire. Entre les couches, les petits rots et les berceuses, Luz avait vérifié, parlé à des gens, demandé des renseignements, fureté, fouillé, cherché obstinément. Et c'est ici qu'il étaient arrivés. À Madrid.

Le matin même, alors que Juan et Ramiro dormaient encore, les renseignements lui donnèrent le numéro de téléphone de Carlos Squirru. Il était donc vivant, il existait, et il était là dans la même ville qu'elle. Son cœur battait à tout rompre. Elle composa le numéro dans la cabine téléphonique de l'hôtel. Une voix de femme à l'accent espagnol disait qu'ils étaient absents et suggérait de laisser un message après le signal. Elle coupa. Elle essaya de mettre des yeux, une bouche, un visage, une expression sur cette voix, mais ce fut impossible. Était-ce sa femme ? Carlos lui avait-il parlé de son passé?

Elle s'était promis de remettre tout cela au lendemain. Ramiro et Juan méritaient un jour de paix, à se distraire, se promener, comme elle le leur avait annoncé à l'arrivée. Elle devait s'accorder une trêve, se reposer, mais elle ne pouvait empêcher l'anxiété de s'insinuer dans les promenades, les jeux et les rires. Comment affronterait-elle cette rude conversation? Elle se montrerait sèche, brève, mais Carlos ne refuserait pas de la rencontrer quand elle lui aurait dit qu'elle avait un message de Liliana. Elle devait trouver les mots justes. Ramiro l'aiderait, comme il l'avait fait si souvent depuis qu'elle avait commencé les recherches.

- On en parle ce soir, proposa Ramiro.

Mais elle ne pouvait pas attendre : Essaie de me comprendre, je veux régler cela maintenant, je veux arrêter de me demander si c'est lui ou non et ce qu'il va me dire, comment il va réagir.

Ramiro répondit par un haussement d'épaules. C'était l'histoire de Luz, et elle seule devait décider de la conduite à tenir.

- Oui, répondit Carlos, et Luz dut se prendre la main pour ne pas raccrocher tellement elle avait peur. Ramiro l'observait de l'embrasure de la porte.

- Je voudrais parler à Carlos Squirru, s'il vous plaît.

- C'est moi - prononcé avec un tel accent que Luz se dit qu'elle avait été stupide de se faire tant d'illusions, car il pouvait parfaitement exister un Espagnol portant le même nom. Qui es-tu?

Le tutoiement acheva de la convaincre que c'était une erreur, mais elle ne voulait pas raccrocher sans en être certaine.

- Mon nom est Luz, Luz Irurbe. Vous ne me connaissez pas et vous n'êtes peut-être pas le Carlos Squirru que je cherche, on m'a donné votre numéro aux renseignements, j'avais demandé à Madrid, mais il est possible que le Carlos Squirru que je cherche vive ailleurs, je n'en suis pas sûre.

Elle se maudissait d'être aussi confuse. Elle devait reprendre au début, elle toussa, le silence de son interlocuteur ne l'incitait pas à continuer, Ramiro s'éloignait vers la chambre de Juan, elle entendit des pleurs d'enfant au bout du fil.

- Un moment, s'il te plaît - et plus loin : Montse, occupe-toi du petit.

- Excusez-moi, je crois que c'est une erreur, je pensais que...

- Sos argentina?

Sos, il lui avait dit sos!

- Oui, et vous? Parce que le Carlos Squirru que je cherche est argentin.

- Oui, je suis argentin, bien que j'essaie de l'oublier - et il se mit à rire. Mais je ne sais pas si je suis celui que tu cherches - le ton séducteur. Il est beau, intelligent, charmant? Dans ce cas c'est moi, ou sinon un des cinq ou six Squirru disséminés en Europe.

Carlos riait, probablement de la maladresse de Luz. Elle avait pensé si souvent à ce qu'elle allait lui dire que maintenant elle ne se rappelait plus rien. Il semblait aimable, sympathique, pourquoi ne pouvait-elle pas articuler une phrase cohérente?

- Je voulais parler avec vous.., à propos de Liliana.

Après un long silence et d'un ton très sec :

- Liliana qui?

- Je ne sais pas, je ne connais pas son nom, justement c'est une des raisons pour lesquelles je veux vous parler. Il y a quelques mois j'ai rencontré Miriam López, elle m'a donné votre nom. Miriam...

- Qui?

- Miriam Lôpez.


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