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Alice Droz suivi de Emma, Rosa, Ada et Cléo, la substitution

Par larouge • Sevilla Miguel Angel • Jeudi 16/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 872 fois • Version imprimable

Alice Droz suivi de Emma, Rosa, Ada et Cléo, la substitution
Miguel Angel SEVILLA





aux editions de l'amandier

C'est Raymond Queneau, je crois, qui le premier a écrit, à peu près, que les œuvres de fiction se divisaient en deux grandes catégories : les œuvres-Iliade et les œuvres-Odyssée. Les secondes se resserrent sur un seul personnage, qui devient le lieu de ce qui lui arrive, ou de ce qu'il fait. Les premières s’ouvrent sur tout un monde, un espace, que traversent différents personnages. Dans l’un des cas, le personnage est plus grand que son lieu, dans l’autre, c’est le lieu qui comprend les personnages. Dans l’un, c’est le sujet qui est le monde, dans l’autre, c’est le monde le sujet. Ainsi, par exemple, L’Etranger d’Albert Camus est une œuvre-Odyssée, quand La Peste est une œuvre-Iliade. L’Idiot est une œuvre-Odyssée ; Guerre et Paix une œuvre-Iliade, etc.

Dans les textes de Miguel Angel Sevilla, c’est la barre de séparation entre Iliade et Odyssée qui devient elle-même folle, flottante, qui "joue". C’est elle, semble-t-il, l’héroïne de la pièce, et Sevilla dit d’autant mieux le monde - le lieu, le temps-, qu’il dit le sujet, et le sujet d’autant mieux qu’il dit le monde. Il n’y a jamais pour lui, semble-t-il, linéarité, frontalité, mais plutôt dérobement, ou  "substitution". L’un est de l’autre la "suite", comme on dit aussi en musique, son développement cabré. Le sujet et ce qui n’est pas lui se suivent et se confondent infiniment sur le ruban de Moebius.
Cette barre qui joue -et sur laquelle toute l’écriture de Sevilla, tantôt réaliste, tantôt surréaliste, tantôt romantique, tantôt classique, semble douter-, cet espace au cœur même de l’espace du monde, et au cœur même de l’espace du sujet, cet espace au cœur même du cœur, donc, porte un nom. Il se nomme théâtre.
Au fond, dans le théâtre de Sevilla, rien n’aura eu lieu… que ce lieu.
Les sujets, alors, les personnages, ne sont jamais égaux à eux-mêmes. Ils ne tiennent littéralement pas en place, et s’ouvrent infiniment, incertains. Ce sont des trous noirs qui attirent irrésistiblement, irrémédiablement, non plus toute matière, comme ceux de l’astro-physique, mais toute âme, et toute identité. Ils indiquent toujours, en même temps que la vie, la vraie vie, son origine insaisissable. (Dès, par exemple, que l’une n’est plus qui elle est, son père non plus).
"Qui est qui", demande inlassablement Sevilla.
"Un est un nombre infini", lui répondent ses textes, comme la cible qui est l’œil qui regarde l’archer.

Préface de Daniel Mesguich.

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