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à propos de Wakolda

Par larouge • Puenzo Lucia • Dimanche 29/09/2013 • 0 commentaires  • Lu 593 fois • Version imprimable

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 “Il avait consacré sa vie à libérer le monde des rats, et maintenant – fuyant comme un lâche, rejeté en marge de la société -, il commençait à en être un.”Le dératiseur en question, tristement célèbre pour ses expériences macabres, c’est Josef Mengele, le médecin nazi qui opéra notamment à Auschwitz. En 1959, le régime péroniste s’est effondré, et avec lui la protection dont jouissait le nazi en cavale qui avait fuit l’Allemagne pour l’Argentine quelques années plus tôt. Alors Mengele doit reprendre la route, quitter Buenos Aires pour s’aventurer vers le sud, en Patagonie.

Arrivé sur les bords du lac Nahuel Huapi, dans ce paysage presque suisse de la Cordillère des Andes, il s’établit pour quelques semaines dans une pension, et s’attache à la cadette de la famille au nom de démon : Lilith. Avec ses faux airs de la Lolita de Nabokov, elle se lie avec le ténébreux occupant, fascinée par les secrets qu’il semble cacher (et par sa facilité à réparer les poupées). Sans jamais glisser vers la romance de mauvais goût, Lucía Puenzo donne assez d’épaisseur à ses personnages pour que jamais l’intrusion d’une figure aussi imposante que celle de Mengele n’écrase son roman. Là où l’écrivain américain Jerry Stahl avait eu l’idée d’en faire une caricature grotesque dans un Anesthésie générale complètement allumé (2011), l’Argentine préfère façonner sobrement un personnage à moitié dans l’ombre, qui se dévoile surtout dans sa relation à l’autre, à travers Lilith. Et affirme peu à peu son emprise sur la famille qui l’héberge.

Adroite, Lucía Puenzo ne fait pas de l’Allemand en exil le ressort principal de Wakolda, mais plutôt le révélateur d’une Argentine qui, sur son passage, révèle sa face acculte. Ecoles allemandes à l’idéologie nauséabonde, réseaux d’anciens nazis, bunkers et croix gammées affleurent, comme aimantés par la présence de Mengele. Quant au génocide organisé des Indiens Mapuche à la fin du XIXe siècle, il résonne comme un écho macabre à la barbarie nazie. Un roman trouble et fascinant, qui s’insinue dans les fissures de l’Histoire argentine.

WAKOLDA. TRADUIT DE L’ESPAGNOL (ARGENTINE) PAR ANNE PLANTAGENET, MAI 2013, 220 PAGES, 
source: 
http://laccoudoir.com/romans/wakolda-lucia-puenzo-5537/

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