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à propos de "Lune d'écarlate"

Par larouge • Diez Rolo • Mardi 23/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 585 fois • Version imprimable

Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 21:43

Le numéro TOP 100 de la revue 813 sera beau. Je le sais, j’en ai lu les deux tiers. En plus d’être beau, il m’a « obligé » pendant ces vacances, à relire un roman qui m’avait marqué à l’époque, à savoir Lune d’écarlate de l’argentin Rolo Diez.

Revenons un instant sur l’auteur et son œuvre. Rolo Diez est donc argentin, et militait activement dans des groupes d’extrême gauche en 1976 quand la sinistre bande de l’affreux Videla prend le pouvoir en Argentine. En résulte une guerre sale sanglante qui fera environ (environ car on n’a aucun chiffre précis), 30 000 victimes, tués et disparus, sans compter des milliers de torturés, des gamins volés à leurs familles etc …

Ernesto Mallo le raconte dans le très beau L’aiguille dans la botte de foin.

Pour sauver sa peau, Rolo Diez émigra en Europe avant de s’installer au Mexique. On trouve dans son œuvre deux romans argentins, qui racontent eux aussi la période de la répression de la junte, Vladimir Illitch contre les uniformes, et Le pas du tigre ; romans durs, sans concessions, mais romans qui savent aussi décrire la solidarité, la lutte, et qu’éclaire un humour absurde. Puis des romans mexicains. Et parmi ces romans mexicains, en général sombres mais non dépourvus d’humour, il y a Lune d’écarlate.

Depuis sa naissance Scarlett sait qu’elle sera princesse. Sa mère n’a certes pas pu l’envoyer dans une école Diez privée prestigieuse de Mexico, mais elle a tout fait pour lui donner l’éducation qui fera d’elle la nouvelle Grace Kelly. Scarlett, comme sa mère, lit Life  et autres magasines consacrés aux princes, actrices et autres mannequins. Mais Scarlett a beau être belle, élégante, raffinée, éblouissante … à vingt-cinq ans elle travaille dans une agence de voyage. Et elle a beau ne pas dédaigner se servir de sa plastique parfaite, aucune de ses conquêtes, poète toujours à la porte du succès, patron de son agence, député ou même son ex mari avocat, ne la sort du bas de la classe moyenne mexicaine.

Julio César est un petit truand, tour à tour voleur, clodo sous les ponts, indic, vendeur d’objet de pacotilles, tueur … Il passe d’un gourbi à une prison, pour finir enrôlé par une sorte de milice plus ou moins officielle où il va pouvoir laisser libre cours à sa rage et à sa frustration.

Rien ne semble prédestiner Scarlett et Julio à se rencontrer, et pourtant …

Rolo Diez écrit là son roman le plus désespéré. Contrairement à ce que l’on trouve dans ses autres polars, ici, point d’échappée, point de salut, tout est foutu.

Car, en ce début des années 90, c’est la victoire sans appel du libéralisme et de la société de consommation épaulée par des média sans âme ni morale. Pas de solidarité, aucune dynamique de groupe, uniquement des gens hypnotisés par le luxe tapageur vendu par les magasines et convaincus qu’en ce bas monde, c’est chacun pour soi, tout se vende, tout s’achète. On n’existe que par ce que l’on possède. Même l’amour, ou plutôt le sexe, n’est vu que comme une monnaie d’échange, un moyen d’arriver ou de soumettre.

Les personnages sont au mieux pathétiques, comme la pauvre Scarlett, souvent effrayants dans leur égoïsme et leur aveuglement comme sa mère Concepcion, prête à tout écraser, à tout sacrifier pour modeler la vie de sa fille comme elle l’entend, ou comme Julio Cesar qui n’a aucun repère moral. Certains comme la vieille clocharde Œil du Diable sont carrément hallucinants (le chapitre qui décrit sa cohabitation avec Julio est particulièrement … éprouvant). Tous sont d’un vide effarant.

Le seul personnage échappant à cette logique est totalement secondaire, et mourra oublié de tous dans une guerre lointaine.

Un roman désespérant, et malheureusement visionnaire qui mérite bien de figurer dans ce TOP 100. En espérant qu’il soit réédité un jour.

Rolo Diez / Lune d’écarlate  (Luna des escarlata, 1994), Gallimard/La Noire (1998), Traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco.

PS. Si vous n’avez pas de mes nouvelles dans les prochains jours, ce n’est pas que je vous oublie, mais je suis plongé dans le pavé de Maître Ellroy.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars latino-américains - Communauté : Le monde du polar

source: actu-du-noir.over-blog.com/article-rolo-diez-lune-d-ecarlate-42332796.html

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