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à propos de "Luna caliente"

Par larouge • Giardinelli Mempo • Lundi 29/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 876 fois • Version imprimable

LETTRES ETRANGERES Sensations troubles
Rarement titre aura mieux rendu l'atmosphère inquiétante d'un livre que ce Lune chaude, à la fois moite et mystérieux. Le roman que publient les toutes jeunes éditions Alfil, spécialistes de littérature étrangère, est l'oeuvre saisissante d'un auteur argentin très peu connu en France. Né en 1947, Mempo Giardinelli mérite cependant l'attention, tant son écriture est efficace et singulière, en dépit de quelques affectations. Déplaçant tout à fait les règles classiques du roman à suspense, il a conçu un récit trouble et troublant dans un style dépouillé.Le phrasé très simple, linéaire et presque naïf en certains passages, suit la pensée du narrateur. Lui, c'est Ramiro, jeune homme choyé, tout récemment rentré de Paris où il a étudié le droit. Dans une Argentine glacée par la dictature militaire, il rencontre la très jeune fille, adolescente encore, qui réveille en lui des désirs brutaux et le lance dans une suite de meurtres. Habile, l'auteur projette le lecteur dans un texte à double détente qui conjugue l'immédiateté et la distance.Les sensations fortes liées au sexe, à la mort et à la peur sont inscrites en direct dans le discours du narrateur et rapportées dans une langue particulièrement sensuelle. Giardinelli se plaît à donner au physique, son apparence, ses exigences, ses faiblesses, une importance oppressante. Ce registre de l'imminence s'impose dès la première phrase, placée là comme un avertissement: "Il savait que cela devait arriver. Dès qu'il la vit, il le sut." Tout au long du roman, la chaleur qui rend Ramiro "trempé, sale, gluant" contamine cette histoire de basculement, de honte et de lâcheté. L'angoisse vient en grande partie du décalage instauré entre cet univers de pure sensation et la distance établie par le regard du narrateur. Partagé entre la lucidité, la peur et la veulerie, Ramiro tente d'attribuer ses crimes à d'autres _ à l'influence de la chaleur, de la lune ou à celle, diabolique, de la jeune fille _, mais ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il est un assassin, que sa vie est gâchée, sa conscience perdue. L'irruption du fantastique, qui ressuscite la jeune morte par deux fois, assure une cohérence insolite à l'ensemble en lui donnant des allures d'allégorie historique. Car l'histoire de Ramiro, hanté par le fantôme récurrent qui le mène à sa perte, est aussi celle de l'Argentine entraînée dans les affres de la dictature, violeuse de dignité.
REROLLE RAPHAELLE
© www.lemonde.fr

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