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à propos de "Lieu"

Par larouge • Saer Juan Jose • Dimanche 19/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 894 fois • Version imprimable

Un univers fait de fragments

par Alexie Lorca
Lire, mars 2003



Dans un essai consacré à Don Quichotte, Juan José Saer démontre que le chevalier à la «triste figure» est «le premier héros kafkaïen». Ce petit texte (Lignes du Quichotte, Verdier) est un bijou du genre. Peut-il éclairer l'œuvre romanesque de Saer? Oui, dans la mesure où, comme Don Quichotte, elle exprime une représentation du monde déroutante. Ainsi de Cicatrices, que Saer écrit à la fin des années soixante et dont le Seuil propose une nouvelle traduction. Au fil de ses livres, Saer construit un univers éclaté. Comme si la structure «classique» du roman ne pouvait accueillir des histoires issues de nos sociétés en déshérence, où toute expérience, toute connaissance sont devenues trop confuses pour être synthétisées

Les vingt et un textes qui composent Lieu, le dernier ouvrage de l'Argentin, témoignent de cette fragmentation. Une jeune mariée éprouve le besoin constant de faire l'amour avec des inconnus. Son mari accepte la situation qu'il considère comme «un bien commun» à condition d'y participer comme spectateur! Dans une taverne grecque de Vienne, une femme observe, médusée, le manège d'un enfant qui couvre de caresses sa mère, une femme extrêmement laide. «Pour cet enfant, cette femme (...) était la plus belle du monde», se souvient-elle.

Beauté et laideur, rêve et réalité, visible et invisible, Saer joue en permanence de la ténuité des frontières. Moins acteurs qu'observateurs, ses personnages n'avancent que lorsque leurs certitudes sont ébranlées. Ce que l'auteur quête de façon obsessionnelle, c'est la sensation, la perception, la saveur qui peut jaillir du détail le plus insignifiant, le plus trivial.


source: www.lire.fr/critique.asp/idC=44304&idTC=3&idR=217&idG=4


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