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à propos de "Le violon de Rothschild"

Par larouge • Cozarinsky Edgardo • Dimanche 21/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 694 fois • Version imprimable

Critique de lemonde
Le 19 Décembre 1996
1894-1996 : d'un violon l'autre
QUATRE STRATES successives aboutissent à ce film. Tchekhov pose la première pierre en 1894, avec la superbe nouvelle qui lui donne son titre. Bronza, le personnage principal, y est fabricant de cercueils dans une bourgade « habitée presque uniquement par des vieillards qui mouraient si rarement que c'en était contrariant ».Chrétien affublé d'une tare ordinairement attribuée aux juifs, la pingrerie, Bronza passe donc sa vie à calculer les profits qu'il aurait pu faire. Jusqu'au jour où sa femme meurt et où il réalise quel gâchis a été son existence, et combien la mort est, tout compte fait, plus profitable que la vie. Il meurt donc, non sans léguer son violon au juif Rothschild, par remords de l'avoir trop souvent insulté et fait mordre par les chiens. Rothschild tirera de l'instrument des airs où s'opérera la fusion sublime de la tristesse russe et de la plainte juive.En 1939, Benjamin Fleischmann, alors âgé de vingt-six ans, commence à travailler à l'opéra en un acte tiré de cette nouvelle, sous la houlette de Dimitri Chostakovitch, son professeur au conservatoire. Mais le jeune compositeur meurt et son maître décide d'achever son oeuvre. Ce sera chose faite en 1944, sans qu'on puisse préciser quelle part revient à l'un ou à l'autre d'un opéra désormais commun.CURIEUX DESTINLe Violon de Rothschild connaît un bien curieux destin. Dans l'immédiat après-guerre, Chostakovitch peut d'autant moins l'imposer qu'il est lui-même, en 1948, stigmatisé par Jdanov qui a fait voter contre lui et quelques autres une déclaration dénonçant les tendances « cosmopolites » de leur musique. La première a finalement lieu en avril 1968 à Leningrad, dirigée par le fils du compositeur, Maxime Chostakovitch. Il n'y aura pas d'autre représentation, l'opéra étant interdit dès le lendemain au motif qu'il pourrait servir à la propagande sioniste. L'oeuvre sera enregistrée en 1983 par le chef d'orchestre Guennadi Rojdestvenski.Ici intervient Edgardo Cozarinsky, écrivain et cinéaste argentin installé en France depuis 1974, auteur notamment de La Guerre d'un seul homme (1981) et d'un récent Citizen Langlois diffusé sur Arte (1995). « J'ai découvert l'opéra de Fleischmann sur France- Culture voilà six ou sept ans. Comme j'ai un côté un peu détective, j'ai commencé à mener une enquête, comme ça, pour le plaisir. Et c'est en découvrant toute cette histoire que l'idée du film s'est imposée. Cette idée n'étant rien d'autre qu'une hypothèse poétique : que, dans la vie, on ne saurait donner sans recevoir en même temps. »Réenregistré pour les besoins du film par Rojdestvenski en 1995, l'opéra a été tourné en Hongrie, les autres scènes en Russie et en Estonie, dans les lieux mêmes où il fut si longtemps bâillonné.
JACQUES MANDELBAUM
www.lemonde.fr

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