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à propos de “le premier amour”

Par larouge • Amigorena Santiago • Vendredi 12/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 685 fois • Version imprimable

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Le Nouvel Observateur, le 26 août 2004

Amigorena, l’amour cannibale Dans “Le Premier Amour”, Santiago H. Amigorena se souvient d’une passion qui fut charnelle autant que littéraire Lycée Fènelon, Paris, fin des années 1970. Dans une terminale qui compte trente-trois filles, et s’essaie avec prudence à la mixité, débarque à la rentrée un beau et timide garçon d’origine argentine dont le père, Horacio, est un psychanaliste célèbre. Il a 17 ans, la peau hâlée et les cheveux longs. En plus, il est cultivé. Il s’appelle Santiago H. Amigorena et cela ajoute à son irrésistible séduction. Le gynécée l’avale aussitôt des yeux. Il choisit celle qui feint de ne pas le regarder. Vingt-cinq ans plus tard, l’auteur progressif et méthodique d’”Une enfance laconique”, d’”Une jeunesse aphone” et d’”Une adolescence taciturne” se souvient de Philippine, qui fut donc son “Premier Amour”. Je sais, le thème est usé jusqu’à la corde. Et pourtant, ce roman, l’un des plus beaux romans d’amour qu’on puisse lire aujourd’hui, sort de l’ordinaire. Il bouscule toutes les conventions du genre. Il explose. Il détonne. Précisons d’abord que l’histoire dont il est question ici n’est pas un flirt banal, une simple tocade d’adolescence. C’est une passion brève mais folle. A 42 ans, Santiago H. Amigorena en frémit encore. “Philippine promenait la nudité parfaite de ses dix-sept ans comme une invitation constante à un festin cannibale.” De Paris à Venise, les deux lycéens, devenus étudiants, se dévorent jour et nuit. Santiago rédige même une manière de traité gastronomique avec “croustillant de pieds de Philippine à l’art fumé et sa cheville raidie à l’huile vierge” et “jarret de Philippine aux raisins”. Leur amour est exclusif, despotique, furieux, étouffant, sans avenir. “Je l’aimais, se souvient-il, et ne pouvais la voir sans ce trouble, sans ce désir de quelque chose de plus, qui ôte, auprès de l’être qu’on aime, la sensation d’aimer.” Ce premier amour n’a pas seulement été vécu dans la fièvre, il a aussi été écrit sur le vif. Dès le début, l’adolescent exalté veut en effet traduire comme d’une langue étrangère, le roman de sa ferveur et le corps de sa belle. Sans cesse, il noircit des pages sous les yeux de Philippine. Il prolonge ses blasons jusque sur son ventre, ses seins, ses jambes qu’il calligraphie pour mieux se les approprier. (On pense au livre lumineux de Bernard Noël, “La Peau et les Mots”.) Il croit, avec la naïveté et le romantisme de son jeune âge, qu’on peut fixer le temps avec un stylo et immortaliser l’Amour avec des majuscules. Que l’on peut coucher avec la femme aimée en même temps sur le papier et dans les draps. En italiques et dans les typographies les plus délirantes, Amigorena reproduit ses pages d’alors. Elles sont lyriques, poétiques, ludiques, surréalistes,narcissiques, maladroites, émouvantes, exaspérantes. Elles sont d’un exilé qui préfère rêver sa vie que la vivre. Qui prétend souffrir de sa beauté mais s’aime aimer. “Le Premier Amour” aurait pu s’intituler “le Premier Livre”. Car c’est à la mort d’une grande illusion et à la naissance d’un écrivain que l’on assiste ici. L’illusion fait croire à l’amour qu’il est immortel. La littérature transforme le souvenir en éternité. Santiago H. Amigorena, “triste crapaud graphomane”, ne recule devant aucun imparfait du subjonctif, aucune grandiloquence grammaticale. Il veut posséder la langue française comme, autrefois, Philippine : par goût enfantin de l’absolu, jusqu’à s’y perdre. Et le lecteur, déshabitué de la ferveur, succombe. Avec un sourire d’ange.

Jérôme Garcin

Supplément LIRE n°328

Une nouvelle éducation sentimentale nous est proposée par un écrivain né de la patrie Amour. Un lycéen va vivre en une année la plus belle des histoires amoureuses, une liaison extraordinaire, inédite par son ampleur et sa beauté. Les deux amoureux conversent, échangent, s’écrivent, s’épuisent physiquement pour retrouver l’intensité des émotions premières. Quand la littérature sert d’écrin à l’amour, le texte devient un pur joyau. Les mots jaillissent spontanément, loin parfois de la réflexion et du raisonnement cartésien. Ce premier amour va faire date dans le coeur des lecteurs.

Laurent Bonelli, Virgin Champs Elysées

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