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à propos de “Le naufragé des étoiles”

Par larouge • Belgrano Rawson Eduardo • Samedi 13/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 890 fois • Version imprimable

De Candelaria, un village côtier du Sud de l’Argentine, une vieille goélette tente d’atteindre Valparaiso par la plus difficile des voies maritimes du monde : le cap Horn. Nous sommes dans les années trente, c’est la fin de la marine marchande à voile et rien ne semble plus justifier cette obstination à affronter les inhospitalières mers du Sud sans moteur. Si cette expédition hasardeuse n’est pas motivée par la nécessité, pourquoi le vieux capitaine fait-il payer, par cet apparent anachronisme, le prix de son caprice aux membres d’équipage ? Sa femme l’accompagne dans cette formidable odyssée marine, dernier élément de cette bien classique triangulaire amoureuse (l’homme, la femme, la mer).Sur un canot, un homme dérive devant les côtes chiliennes. Il est le seul survivant d’un terrible naufrage. A rebours vont se mettre en place les protagonistes qui ont participé à cette expédition insensée fatalement vouée à l’échec - un vieil homme sur un vieux bateau défiant la violence des mers australes. Pour dire le pire de la catastrophe, en parallèle aux souffrances et à la peur d’une poignée d’hommes soumis aux épreuves des éléments racontées ici sans compassion ni emphase, le narrateur remonte dans le temps. Le récit se ramifie alors en anecdotes savoureuses sur chacun des personnages, qui impriment un rythme vif et surprenant, et introduisent humour, cruauté et érotisme. L’amour des femmes y est très présent, comme une ancre jetée dans la terre mais qui jamais ne parvient à retenir les hommes.
le 6 novembre 1998

LA DEDICACE DU TRADUCTEUR
Pour son traducteur, ce livre est une histoire d’amitiés et de contrebande. Des amis argentins m’ont mis d’autorité ce livre entre les mains. Je l’ai ramené en France à la barbe des douaniers et des vigies du marché international de l’édition, et n’ai rien eu de plus pressé que de le confier à des amis d’Actes Sud qui se sont enthousiasmés à leur tour. Ce fut une chaîne de coups de coeur. Pourquoi ce livre est-il si attachant ? Pourquoi ai-je pris tant de plaisir à le traduire ? D’abord à cause de la générosité de l’auteur qui livre à la fois un récit de mer et une histoire tout humaine. Ni décor, ni finalité de ce roman, la mer est l’inquisiteur qui met à l’épreuve les désirs des personnages en demandant chaque jour de payer un prix plus fort. L’affrontement à la mort oblige chacun à s’interroger sur ce qu’il veut, ce qu’il avait vraiment voulu : fuite ou nostalgie. A ce compte, la nostalgie pèse souvent plus lourd. On s’aperçoit avec regret, avec tendresse aussi, que l’on a connu des moments heureux, même sans le savoir, et que la plupart de nos prétendus pas en avant nous ont éloignés de ces moments-là. Une si profonde nostalgie renvoie bien entendu aux rapports entre les hommes et les femmes. Les marins qui s’expriment ici les partagent entre les mères et les putains, deux figures de l’inaccessible. Et pourtant, une très belle histoire d’amour conjugal court au long de ce livre. Tout est dit simplement, avec les mots les plus concrets et une syntaxe pauvre. A l’évidence, c’est un marin qui raconte cette vieille histoire, probablement dans un bar, à des amis de rencontre. A force de reprendre son histoire il a eu le temps de composer une tapisserie où alternent subtilement quatre fils : le présent des personnages, leurs souvenirs, leurs craintes et parfois leurs rêves. Cette façon de conduire son récit n’est pas la moindre richesse du livre.

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