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à propos de "Le livre des éloges"

Par larouge • Manguel Alberto • Dimanche 05/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 805 fois • Version imprimable

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Le livre des éloges d'Alberto Manguel (L'Escampette Editions) contient quatorze textes dont la plupart sont des traductions de textes commandés pour le supplément littéraire d'El Pais.Véritables essais (très courts mais riches), il y est toujours question du livre et de la lecture. Cela va de soi pour l'"Eloge de la Bible", l'"Eloge du livre de poche", l'"Eloge du libraire"... cela peut paraître moins évident pour l'"Eloge de l'horreur", l'"Eloge des animaux" ou l'"Eloge de l'impossible".Qui connaît Alberto Manguel - qui a lu, disons, son Histoire de la lecture ou le récent La Bibliothèque la nuit - sait quelle place irréductible a le livre dans sa vie, sait que le livre et la littérature est la matière de ses propres livres et de ses réflexions. J'invite celui qui ne le connaît pas à rentrer dans sa bibliothèque. Ce Livre des éloges en est une porte.Ces éloges, un peu de la même manière que dans Journal d'un lecteur paru chez Actes Sud en 2004, sont le prétexte à sortir de la bibliothèque purement littéraire pour entrer dans une sphère plus intime qu'on aborde avec beaucoup de plaisir et d'intérêt. Chez Manguel, le livre est quelque chose qu'on ne peut pas retrancher à l'éclat de la vie. Le livre est la brique qui lui sert à monter l'édifice de sa mémoire, le couteau qui sert à façonner l'identité et le ciment qui sert à maintenir conjointement les doutes et les certitudes, ce qui constitue, à mon sens, le propre de la curiosité. Le livre contient les réponses qu'on peut espérer toujours mais contient aussi les remises en causes qu'on n'attend jamais. Heureusement, cela ne se fait jamais dans l'ordre : lire est toujours une surprise. Quelque fois par ce qu'on y trouve, souvent par ce que nous révèle la lecture de nous-même. Comme le dit George Steiner, c'est le livre qui nous lit. Comme le dit Manguel dans l'"Eloge du plaisir" où il se rappelle la mort d'un ami : "La lecture ne console pas. En revanche, elle peut mystérieusement servir de miroir."Dans son "Eloge de la foire au livre", on peut lire : "(...) il y a des foires cordiales, conçues semble-t-il pour faire plaisir aux lecteurs, comme la Foire du Livre de Madrid ou de Colmar." Manguel a raison. Je m'en souviens à chaque fois que j'y vais - à la Foire de Colmar, c'était ce week-end - à quel point celle-ci est à taille humaine et l'ambiance y est conviviale. En somme, c'est une foire tout à fait agréable, où l'on peut sincèrement prendre le temps de discuter avec les auteurs, les éditeurs, les libraires présents - ce que je n'ai pas manqué de faire. Et où j'aurais pu certainement discuter avec Alberto Manguel si celui-ci ne s'était pas éclipsé alors que j'arrivais et allait revenir à une heure à laquelle j'aurais déjà quitté les lieux.Enrique Vila-Matas écrit, dans sa préface à ce Livre des éloges : "Il m'est arrivé d'entendre Alberto Manguel dire que la lecture commence par un acte privé qui conduit immédiatement à un dialogue, car lorsque s'achève la lecture d'un livre, on a envie aussitôt d'en parler à quelqu'un." Si je n'ai pas pu voir Manguel hier pour en parler, il est étrangement présent aujourd'hui, comme une ombre amicale qui gambade d'une page à une autre, d'une tranche de livre à une autre, sur les rayonnages de ma bibliothèque. Et étrangement, Vila-Matas lui tient la main, car il a aussi son rôle à jouer dans ce jeu d'amitiés invisibles qui sont nouées dans les communautés secrètes des lecteurs qui ne peuvent se rencontrer qu'au travers des livres-miroirs.
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