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à propos de "Le lieu perdu"

Par larouge • Huidobro Norma • Vendredi 03/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 786 fois • Version imprimable

Le lieu perdu
Norma Huidobro
CRITIQUE

Roman -
Un tortionnaire piste un subversif en Argentine... Sensuel et suffocant.

Année 1977, dans un village du nord de l'Argentine. Tout ici n'est que poussière blanche et soleil blanc. Torpeur et silence. Lieu perdu et bouche ­cousue. Les rues abritent des maisons aux portes closes. ­Parfois, elles s'entrouvrent et laissent s'échapper en rafale des bribes d'images, réminiscences lourdes de mystères et d'interdits, de ces histoires honteuses ou dangereuses qu'il faut cacher, étouffer. Parfois, aussi, des « ombres aux odeurs de jasmin », aux senteurs d'abandon, s'envolent dans l'air immobile et terrassent le promeneur. Ce promeneur se nomme Ferroni, expert en interrogatoires. Il se sait « placide et efficace ». Ordre de son énigmatique « supérieur » : traquer un jeune homme en cavale que l'on dit « subversif ». Ferroni rechigne. «Pourquoi l'envoyait-on dans ce village de merde, plein de terre et de pierres ? Et dans cette chaleur répugnante ? »
Ce village, jusque-là enfoui dans sa mémoire, le ramène à son enfance gaspillée - mère évaporée, innocence bafouée. Mais Ferroni n'est pas un tendre, c'est un ­monstre, un tortionnaire au service de la dictature. Il est en mission, chasse de son front une sueur poisseuse, chasse de son coeur des secrets cuisants qui pourraient le rendre faible. Il s'acharne avec une détermination perverse sur Marita, «une fille de pierre ; sèche, plate, dure, compacte, sans ­interstices, sans lumière, sans voix. Il va ­falloir casser la pierre, se dit Ferroni, et ­cette idée lui plut ».
Lieu perdu pour filles perdues... Il y a ­Mathilde, fiancée du « subversif », avec qui ­elle s'est échappée. Et puis, il y a Marita, l'âme soeur, l'amie de toujours, restée, elle, au village, rivée dans le mutisme, l'insolence, et qui ne vit que dans l'attente fiévreuse des lettres de sa Mathilde. Ferroni, en tenant l'une, pense trouver les fuyards. Ferroni, qui exige que les détenus soient lavés des traces de tortures avant qu'ils ne soient soumis à ses questions cruelles, Ferroni est certain de gagner, une fois de plus...
Norma Huidobro, née à Buenos Aires en 1949, a mis au service de ce Lieu perdu une écriture électrique qui crisse de sensualité, de douleurs domptées, de voluptés murmurées. Elle oppose les contraires : séduction/répulsion, attirance/méfiance, qu'elle déploie d'un même geste, mais à mi-voix, jusqu'à rendre tangible une atmosphère suffocante. Saluée par José Saramago et Alberto Manguel, elle raconte, dans ce premier roman traduit en français, une histoire d'amour et d'amitié sur fond de ravages, quand le temps se dilate et que les hommes sombrent. Sous un soleil blanc, imperturbable, et salvateur.
Martine Laval

source: http://www.telerama.fr/livres/norma-huidobro-le-lieu-perdu,37669.php

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