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à propos de "La peau dure"

Par larouge • Garcia Lao Fernanda • Mercredi 23/10/2013 • 0 commentaires  • Lu 800 fois • Version imprimable

 Comédienne, Violeta traverse une mauvaise passe. Sa carrière piétine, elle est endettée jusqu’au cou et son fils en échec scolaire squatte son appartement avec une bande de goinfres vautrés devant la télé. Violeta a la peau dure, alors elle encaisse, jusqu’aux disputes bruyantes des voisins ; elle remplit à contre-cœur des fonctions de vendeuse dans une boutique de vêtements pour enfants. Et ce n’est pas l’accident dont elle est victime un matin (le volet mécanique du magasin lui écrase la main) qui la freinera. La douleur la taraude chaque jour un peu plus, mais elle tient bon, parce qu’il n’est pas temps de larmoyer sur son sort et qu’il lui faut courir les castings, aussi déprimants soient-ils. Jusqu’à ce que la terrible réalité s’impose à elle : la gangrène, l’amputation, et une greffe de main (un événement qui fait de Violeta une curiosité puisque la première d’Amérique latine). 

 
C’est à partir de là que le récit prend tout son sel, car ce membre greffé n’en fait qu’à sa tête. Plus belle que sa main propre, et rebelle, elle est bien décidée à mener Violeta selon ses désirs, saluant et touchant tel ou tel sans autorisation…  Comme “un morceau d’homme” (dirait Michaux) qui entend imposer sa loi à “l’homme total”, si bien que Violeta finit par se croire “l’invention de [s]a main”, “guid[ée] par cette fulgurante inconnue”. C’est bien le comble pour une comédienne… 
 
Pour Violeta s’ouvre dès lors une période de doute. Et ce n’est pas Greffés (une association de soutien psychologique pour greffés de tous poils, y compris de cheveux, d’implants siliconés et dentaires) qui résoudra son problème. Le mieux est peut-être de suivre cette main capricieuse qui la mettra sur la piste de l’identité de la mystérieuse donneuse, à moins qu’elle ne la mène vers sa propre part d’obscurité. Pour accepter son nouveau corps, et faire sienne cette main dont la peau est décidément plus dure que la sienne, il lui faut connaître son histoire : “J’ai besoin d’information pour composer le personnage, vous comprenez? Je suis actrice, je travaille avec mon corps. Je ne peux pas méconnaître ma propre main.”
 
S’il m’a semblé moins abouti que La Faim de María Barbabé, La Peau dure n’en est pas moins très plaisant, tant par le caractère de son héroïne, toujours battante, drôle et d’une “immoralité instinctive”, que par sa forme dynamique et éclatée, alternant le récit à la première personne de Violeta, des extraits de son calepin, des fragments d’improvisations ou de pièces loufoques qu’elle répète avec Jungle, Taille et Consuelo. 
 

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