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à propos de “l’anatomiste”

Par larouge • Andahazi Federico • Vendredi 12/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 922 fois • Version imprimable

  • Currently 5/5

Note : 5/5 (2 notes)

Le Figaro, no. 16655Lundi 2 mars 1998, p. 16
LETTRES
On lui retire un prix littéraire« L’Anatomiste » fait scandale
Sébastien LE FOL
En publiant son premier roman, l’Argentin Federico Andahazi était loin de penser qu’il ferait un tel tohu-bohu. L’affaire était pourtant bien engagée. Le jury du prix Jeune littérature, composé de prestigieux auteurs argentins, l’avait plébiscité. On voyait déjà en lui une étoile montante de la littérature sud-américaine.
Seulement voilà, la présidente de la fondation qui finance le prix ne l’entendit pas de cette oreille. Elle renia la décision du jury. Motif ? Elle refusait de récompenser un roman « pornographique » qui « ne contribuait certainement pas à l’exaltation des plus hautes valeurs de la société ».
L’objet du délit, le voici. L’Anatomiste a pour cadre la Renaissance italienne. Matteao Colomb, à ne pas confondre avec son homonyme génois, est un chirurgien et anatomiste réputé. Il est notamment connu pour ses découvertes sur les principes de la circulation sanguine.
Dans sa cellule de l’université de Padoue, il travaille à toutes sortes d’expériences plus ou moins licites. Une bulle papale a en effet interdit la dissection des corps. Les docteurs de l’Eglise veillent et l’austère recteur de l’université prend un malin plaisir à mettre des bâtons dans les éprouvettes du jeune chercheur.
La vie de Matteao Colomb bascule le jour où, appelé au chevet d’une riche et belle malade, il fait une découverte surprenante : « La clef magique qui donne accès au coeur de la femme, le secret qui dicte les lois mystérieuses de l’amour féminin », autrement dit le continent du corps qui gouverne le plaisir : « l’Amor Veneris ».
Multipliant les expériences, Colomb va peu à peu élaborer une théorie qui sera publiée en 1558. De l’Amor Veneris fait scandale. Ce brûlot remet totalement en question la conception que l’Occident a du corps et de l’amour.
Malheureusement pour Colomb, sa découverte ne lui ouvrira pas le coeur de la somptueuse Mona Sifa, cette prostituée dont il s’est entiché et les tribunaux de l’Inquisition lui demandent vite de rendre des comptes.
Métaphysique et thriller
Le procès fait l’objet d’une description minutieuse. On n’en dévoilera pas l’issue afin de ménager le suspense. Colomb explique dans le détail les conclusions de ses travaux qui vont révolutionner l’Occident. Les dernières pages du roman sont menées tambour battant. Les querelles métaphysiques alternent avec des rebondissements dignes d’un vrai thriller.
Andahazi s’est appuyé sur une foule de documents d’époque. Il maîtrise parfaitement son sujet. Les explications techniques sont compréhensibles de tous.
« Ce qui m’a le plus frappé, explique Andahazi, c’est que Matteo Colomb avait été gommé de la mémoire de l’Occident. J’ai aussitôt pensé à une forme de censure. » Quatre siècles après la découverte de Colomb, ce récit n’a pas perdu son pouvoir de subversion.

© 1998 Le Figaro.www.lefigaro.fr

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