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à propos de "Et Pandore en avait deux"

Par larouge • Kaplan Nelly • Mercredi 01/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 839 fois • Version imprimable

Quand Nelly Kaplan joue
avec le feu

Marie-Noëlle Tranchant
24/07/2008 | Mise à jour : 11:42
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La cinéaste et romancière publie une partie de sa correspondance avec Abel Gance, assortie d'un polar humoristique.

À sept ans, en voyant filer une rame du métro de Buenos Aires, Nelly Kaplan a eu comme une illumination : elle allait partir. Quelques années plus tard, une longue et belle adolescente débarquait seule à Paris, parlant à peine français. Nelly Kaplan a toujours cru à la destinée, et les plus belles rencontres de sa jeunesse ont de quoi confirmer cette foi : « Elles sont arrivées par hasard, dans des lieux publics, dit-elle : Abel Gance à la Cinémathèque, Philippe Soupault dans une exposition, André Breton au Musée des arts décoratifs ». Mais ce n'est sans doute pas un hasard si le réalisateur de Napoléon et les écrivains surréalistes ont distingué cette « fleur exorbitante », comme dira Soupault, au milieu de la foule parisienne.

Elle allait devenir l'assistante d'Abel Gance, en 1954, et vivre avec le grand cinéaste « une relation passionnelle d'une rare frénésie », selon sa propre expression. Entre la jeune panthère de vingt ans et le vieux lion sexagénaire, le magnétisme est d'autant plus puissant qu'ils ont en partage l'intensité, la volonté et l'exigence intellectuelle et spirituelle d'explorer les arcanes du monde.

« Gance était un génie extraordinaire, on l'oublie trop aujourd'hui, dit la réalisatrice de La Fiancée du pirate. Pour lui, le cinéma ne pouvait exister sans poésie et sans connaissance. Il avait une insatiable curiosité littéraire, philosophique, scientifique, ésotérique. Il a eu des prémonitions à la lisière de la physique quantique. Et il faisait des recherches poussées dans le domaine métaphysique, sur le temps, notamment. Je me suis trouvée comme intégrée à cette quête, investie d'une sorte de mission : il pensait que grâce à moi, à ma jeunesse, il pourrait atteindre un au-delà mythique du temps. C'était magnifique et épuisant. Trop lourd et trop exclusif pour que je ne m'échappe pas un jour. Mais d'une richesse admirable. »

Une enquête humoristique et mythique

Il en reste trace dans les lettres d'Abel Gance à Nelly Kaplan. Et leur résurgence est une autre histoire, ou plutôt un nouvel avatar de leur histoire : « une sorte de transmutation alchimique, dit Nelly Kaplan, qui fait remonter à l'esprit ce qui a été vécu dans la chair ». Elle commençait à écrire une nouvelle, « un polar drolatique » , quand elle a été invitée, l'an dernier, à faire une lecture de ses échanges épistolaires avec Abel Gance au Festival de la correspondance de Grignan. En duo avec Samuel Labarthe, la soirée a été un tel succès que l'idée a germé de publier un choix de ces lettres, d'autant plus que c'était un vœu d'Abel Gance lui-même, qui voulait ainsi perpétuer « cette quête de la Terre-Adélie qui marquera pour toujours notre rencontre » .

Et comme « les lettres se sont insinuées dans le polar que j'écrivais, la correspondance réelle et l'histoire fictive sont devenues indissociables ». D'où ce livre ­double, publié tête-bêche aux éditions du Rocher. Ouvrez-le côté noir, voici les lettres authentiques, et la haute figure d'Abel Gance. Ouvrez-le côté rose : vous y trouverez une enquête humoristique et mythique menée par la détec­tive privée Dora Stern. C'est un livre jouet. Mais comme toujours, Nelly Kaplan joue avec le feu. Celui des passions fortes, des éclairs et des comètes qui creusent le ciel.


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