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à propos de Emilio Rodrigué

Par larouge • Rodrigué Emilio • Mercredi 15/07/2009 • 0 commentaires  • Lu 957 fois • Version imprimable

Emilio Rodrigué

Papy tendre et malicieux de la psychanalyse, Emilio Rodrigué
Les facéties d'un sorcier laconique LE MONDE DES LIVRES | 20.01.05 Papy tendre et malicieux de la psychanalyse, Emilio Rodrigué, 82 ans, publie ses Mémoires. Les silences ne sont pas toujours le naufrage de la conversation. Il convient parfois de les considérer comme autant d'espaces privilégiés, voire comme l'ultime destination du dialogue. Plutôt qu'une alternance de répliques bien huilées, c'est le geste d'une parole suspendue, gardée en réserve, qui peut venir souligner, mieux qu'aucun autre, l'intensité existentielle de l'échange verbal. Le silence, voilà ce qu'Emilio Rodrigué nous a ironiquement opposé. La scène se passe dans les salons d'un hôtel parisien. Le grand aîné de la psychanalyse latino-américaine, aujourd'hui âgé de 81 ans, avait lui-même fixé le rendez-vous, en vue d'une "conversation" autour de ses Mémoires, parus tout récemment chez Payot sous le titre Séparations nécessaires (élégamment traduits de l'espagnol par Mylène Ghariani, 432 p., 23,50 €). En blue jeans et col roulé, les bras fixés aux accoudoirs de son fauteuil, l'homme semble retranché derrière un épais rideau de fumée : grillées l'une après l'autre, les Winston rouges brûlent comme des bâtons d'encens. Une question, puis deux, puis trois... Pas de réponse. Arborant un vague sourire à la Hitchcock, celui qu'on surnomme le "gourou tropical" ne souffle mot. Pas d'autre choix, dès lors, que de se cramponner au livre, en pointant telle page, telle anecdote, et par exemple l'évocation malicieuse de la célèbre psychanalyste Mélanie Klein : "Vous écrivez qu'elle avait "le tact d'une analyste, ou plutôt d'une grand-mère". Vous-même, faut-il vous considérer comme un autre papy du freudisme ?" Prenant appui sur ses baskets Nike, Rodrigué écrase alors sa cigarette et se penche doucement vers vous : "Tu sais, tu ne serais pas un bon psychanalyste. Tu es trop intuitif, ça me met mal à l'aise..." Nous voilà bien... Que faire ? "Tu n'as qu'à inventer. De toute façon, en psychanalyse, c'est le cas de pas mal d'histoires cliniques. Tu n'as pas d'autre solution : vas-y, invente ! Good luck !", enjoint le sorcier laconique, qui semble déjà prêt à tourner les talons. "LECTURE FLOTTANTE" Soit. Prenons Rodrigué au mot, et acceptons cette exhortation à associer librement, pour porter sur ses Mémoires une sorte de "lecture flottante", qui serait à l'activité liseuse ce que la fameuse "écoute flottante" est à l'acte psychanalytique. "Le délire comme projet : tout parier sur le délire jusqu'à le réaliser. Le délire habille le personnage", écrit-il dans un chapitre intitulé, précisément, "Mon délire de retraité". Carte blanche, donc. La voie est libre pour un portrait d'Emilio Rodrigué en papy tendre et impitoyable, dont "les grands maîtres sont des femmes". Et des grands-mères, surtout. A commencer par celle qui donne le coup d'envoi : Margarita Hileret de Rodrigué, française, millionnaire et voyageuse, qui permit à Emilio d'avoir une "enfance dorée"au cœur de Buenos Aires. Devenu adulte, il se mettra à "l'imiter", tombant amoureux de Paris, pour traverser "l'Atlantique à chaque équinoxe". Entre-temps, le jeune étudiant en médecine aura rencontré l'œuvre de Freud, au point d'opter pour la psychanalyse, ce métier alors "sans prestige, une affaire de juifs et de coiffeurs pour dames". Et c'est précisément auprès de quelques femmes mûres qu'il apprit vraiment l'art de "lâcher la sorcière de l'inconscient et de monter sur son balai". Dans le Londres de l'après-guerre, il fut donc l'élève de Mélanie Klein, ici dépeinte en "vieux bouc" coquet et redoutable : "Etre supervisé par une grand-mère, c'est tout un programme...". De retour en Argentine, il devient "le disciple" de Suzanne Langer, une analyste sévère qui vit en "ermite" dans les pinèdes du Connecticut : "Elle était grande et sèche, avec un visage germanique et d'étranges yeux bleus exorbités. Un regard d'aveugle." C'est elle qui lui conseilla de participer à l'expérience thérapeutique de Stockbridge, une clinique américaine fondée par Austen Riggs. Un jour qu'il discutait de cette "utopie communautaire" avec la veuve de Riggs, cette autre aïeule lui affirma d'ailleurs que son mari, en fait, ne prisait guère la psychanalyse : "Too much sex, me confia-t-elle. Délicieux, le thé de Mme Riggs..." Bien des années plus tard, l'héritier endossera le rôle à son tour : "Parfois, je vous considère comme des grands-parents", lancera une apprentie analyste en direction de Rodrigué et de ses collègues. Et celui-ci se décrit désormais comme un vénérable pleurnichard "un brin hystérique", amateur de bridge, de marijuana et d'omelette aux palourdes. Sur les plages de Bahia, où, après l'avènement de la dictature en Argentine, il a construit son "exil Veuve-Cliquot", il cultive désormais ses petites habitudes : "Hypnotiser Colita, le grand chien casse-couilles", par exemple. Et lorsque cet éclectique part en excursion pour quelque "blind date thérapeutique"(expression corporelle, yoga, danse et transe candomblé...), il glisse dans son sac de voyage "une brosse à dents et les Ecrits de Lacan". "Vieux capitaine du divan", Rodrigué est un patriarche lucide et blessé, assez pauvre désormais, qui s'isole souvent aux toilettes afin de dissimuler ses larmes. Au reste, il n'a plus grand-chose à cacher. Ni ses secrets les moins avouables (des "dessous élimés", un "faible" pour Jimmy Carter), ni ses cauchemars les plus atroces ("mourir en sens interdit et gêner la circulation"). Ni même ses vérités sur ces "gens cruels" que sont les psychanalystes. Ni enfin (et surtout) sa passion intacte pour la pratique freudienne comme aventure érotique : "La psychanalyse est une méditation sensuelle, partagée. Ce sont les péripéties d'une rencontre intime. La psychanalyse est un baiser virtuel sur la bouche." Jean Birnbaum
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