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à propos de (2) “Le premier amour”

Par larouge • Amigorena Santiago • Vendredi 12/06/2009 • 0 commentaires  • Lu 648 fois • Version imprimable

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La Quinzaine Littéraire, le 2 septembre 2004

Visage de la passion adolescente

(…) Cette vie qu’il raconte n’est singulière qu’à proportion de sa banalité, serait-ce la banalité d’un enfant qui a connu deux fois l’exil et la nécessité de changer de langue - ainsi Le Premier Amour raconte-t-il “tout bêtement” l’histoire d’un premier amour, vécu peu avant sa vingtième année (au tout début des années 80), et rares sont les lecteurs qui, à des degrés divers, ne partagent pas cette expérience d’une passion libératoire et fusionnelle à l’adolescence.
Se déployant au rythme d’une quête de sens qui habite volontiers le dictionnaire (on pense ici à un très beau passage sur l’étymologie du mot grec mania), la page d’Amigorena n’est cependant pas un miroir ; elle est vivante, littéralement animée, et même agaçante parfois (…) Son écriture aux accents classiques, tout en se jouant de l’écrasante référence proustienne, est d’une souplesse rare : peut-être parce qu’elle n’est pas empesée du caractère maternel de la langue qui entrave tant de confessions ; peut-être parce que, à en croire les précédents volumes, l’écrit aura été durant son “enfance aphone” son mode d’expression le plus “naturel” et en tout cas le moins difficile. Il en découle une vraie capacité, teintée de naïveté peut-être, à épouser vingt ans plus tard les représentations adolescentes et la sinuosité amoureuse de son personnage, et pas seulement quand il reproduit les pages écrites à l’époque (parfois tracées à même la peau de son amante, dans un jeu érotique mêlant l’encre à toutes les humeurs du corps).
A dire vrai, il faudra d’autres volumes encore pour pouvoir mesurer le caractère immédiat ou non de cette capacité à retrouver le ressenti adolescent. Reste que le lecteur reconnaît pleinement ce qu’il avait oublié, ou perdu, l’étrange visage de l’amour adolescent, fusionnel, ivre de l’autre jusqu’au plus haut degré de dépendance, et qui ne pourra qu’aboutir à “la première défaite” dans toute la violence de l’abandon dont le dernier paragraphe, annonçant le volume suivant, esquisse joliment le vertige : “Ce que j’ignorais simplement, ce que les cinq interminables années de la première défaite ne devaient cesser de m’enseigner, c’est que si la volonté de ne plus aimer est encore de l’amour, la volonté d’aimer encore ne l’est déjà plus.”

Bertrand Leclair

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