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à propos 5 de "L'immeuble"

Par larouge • Capasso Mario • Mercredi 23/10/2013 • 0 commentaires  • Lu 646 fois • Version imprimable

 L’Immeuble est un texte joueur. On y entre comme Alice tombe au pays des cauchemars, sans savoir ce qui tient du vrai ou du faux, de réel ou de l’imaginaire, du premier degré ou du dix-huitième sens figuré. Au début, on tâtonne, on trébuche, on ne sait si le jeu de mot va nous ficher parterre ou nous élancer vers les sommets. Puis au fil des phrases et des paragraphes, on se rend compte que finalement, on saute de mot en mot comme de pierre en pierre et oui, on avance. On n’est pas bien sûr que chez Capasso avancer équivaut à aller de l’avant, mais les choses bougent, les mots prennent plus ou moins de sens et nous nous construisons un fil fictionnel à la lecture de cet univers.

« Dehors, la nuit tombait
et personne n’était sorti la soutenir. »
 
Entrer dans L’Immeuble revient à vivre une expérience tout à fait paradoxale. Un immeuble est sensé ne pas bouger, être fixe et posé. L’Immeuble, lui, est tout le contraire. Il est tout ce qu’il y a de plus meuble. Tout y est mouvant. Les portes à sens unique autant que les bureaux aimant se dégourdir les jambes et les tronçons de couloirs disparaissants. Les toilettes autant que les dossiers, les sentiments et les employés, ainsi que toutes les règles qu’on y croise ou les logiques qu’on effleure. Pourtant, le narrateur nous les explique tout à fait minutieusement, une par une, ou trois par huit, dans un ordre ou un autre, histoire de nous donner toutes les clés pour entrer dans cet Immeuble rocambolesque.
 
« Afin de ne pas rester les bras croisés,
on a croisé les jambes. »
 
Bien sûr, tous les aspects du « lieu de travail » y sont abordés. Le Super comme paroxysme de la hiérarchie inaccessible au point de ne pas arriver à savoir si elle existe vraiment, les employés passant plus de temps à essayer d’accéder à la photocopieuse, aux toilettes ou aux étages qu’à se pencher sur un dossier de toute façon oublié, ou encore les bruits de couloirs aussi vivants que l’activité sexuelle de L’Immeuble qui déborde des canalisations et des réservoirs.
 
 
Enfin, il nous arrive d’ailleurs, parfois même, de rire franchement! Le plus cocasse étant que l’humour est loin d’être la seule source du rire dans L’Immeuble. Il ne faut pas sous-estimer l’absurde, le surréalisme ni la déconstruction systématique de toute chose dont la banalité nous avait fait oublier son sens originel. Comment ne pas sourire à l’odeur cramée du dossier brûlant, la versatilité du miroir, la presque indéfectible fidélité de la zone d’influence, les bruits crémeux du Gros et du Maigre ou encore les conflits mineurs de moins de dix-huit ans.
Une chose seule est sûre ici : personne ne peut douter que Mario Capasso soit Argentin.
 
L’Immeuble, de Mario CAPASSO
Editions La Dernière Goutte, 2012, 277 pages.
 

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